‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 73 sur 249 · LE COUCHER · texte numérisé non relu

LE COUCHER

Viens, la nuit nous prête

Son ombre discrète ; Tout est paisible et sans bruit.

La ville repose ;

Dans ma chambre close Nous sommes seuls, à minuit.

Viens, pose ton pied humide Près du foyer bienfaisant, Lève ce voile timide, Quitte ce châle pesant. •

Laisse que je tienne

Ta main dans la mienne.

Et ne parlons que de toi ;

Dis-moi ton histoire;

Mais laisse-moi croire Que tu n'as aimé que moi.

Détache ta chevelure Qui retombe en ondoyant , Et cette étroite ceinture , Et ce col impatient.

Que le flot qui mène

La nacelle humaine Vienne à nos pieds se briser !

Faisons-nous un monde ,

Et que se confonde Notre vie en un baiser!

De la robe qui te gêne Ouvrons les plis familiers ; Tu gémis sous la baleine ; Délivrons les prisonniers.

Que puis-je te dire?

Ce que je désire Se devine en se cachant;

Le discours que j'aime

Est toujours le même :

Les oiseaux n'ont qu'un seul chant

Viens , ma honteuse colombe ; Tu n'as plus d'autre merci Que cette gaze qui tombe....

Mais non : reste encore ainsi.

Que la blanche toile

Laisse encore un voile Entre ton cœur et mon cœur :

Sur ta gorge nue ,

Que soit retenue Cette dernière pudeur.

Non. C'est trop de vœux timides :

Ouvre tes sens aui plaisirs ; Livre à mes baisers avides Tes beautés et tes désirs ! . . .

Viens , la nuit nous prête

Son ombre discrète ; Tout est paisible et sans bruit.

La ville repose ;

Dans ma chambre close , Nous sommes seuls, à minuit.

Page 1