PANDORE
oc LES D£UX GENDAAilËS.
Ueux gendarmes, un beau dimanche , Chevauchaient le long d*un sentier; L'un portait ia sardine blanche, L'autre, le jaune baudrier.
Le premier dit d'un ton sonore :
« Le temps est beau pour la saison .
— Brigadier, répondit Pandore , Brigadier, vous avez raison. »
Phœbus , au bout de sa carrière , Put encor les apercevoir; Le brigadier, de sa voix fière , Troubla le silence du soir :
ft Vois , dit-il , le soleil qui dore Les nuages ù l'horizon.
— Brigadier, répondit Pandore, Brigadier, vous avez raison.
— Ah ! c'est un métier difficile :
Garantir la propriété ; Défendre les champs et la ville Du vol et de l'iniquité !
Pourtant, l'épouse qui m'adore Repose seule à la maison.
— Brigadier, répondit Pandore , Brigadier, vous avez raison.
— Il me souvient de ma jeunesse ;
Le temps passé ne revient pas
J'avais une folle maîtresse Pleine de mérite et d'appas.
Mais le cœur (pourquoi?. . . je l'ignore)
Aime à changer de garnison.
— Brigadier, répondit Pandore, Brigadier, vous avez raison.
— La gloire, c'est une couronne Faite de rose et de laurier ;
J'ai servi Vénus et Bellone :
Je suis époux et brigadier.
Mais je poursuis ce* météore Qui vers Colchos guidait Jason
— Brigadier, répondit Pandore, Brigadier, vous avez raison. »
Puis , ils révèrent en silenc(» ; On n'entendit plus que le pas Des chevaux marchant en cadence ; Le brigadier ne parlait pas.
Mais, quand revint la pale aurore, On entendit un vague son :
« Brigadier, répondait Pandore, Brigadier, vous avez raison. »
L'HISTOIRE DU MENDIAKT.
Jeunes gens qui chantez à table , Prenez pitié de moi : j'ai faim.
— Non. — Laissez prendre au pauvre diable , J'ai soif, une goutte de vin.
— Non. — Ma nudité me fait honte; J'ai froid. — Allons, c'en est assez !
— Voulez-vous que je vous raconte Une histoire des temps passés?
— Ah ! voyons ton histoire ; Va , nous t'écoutons tous ;
Te croira qui voudra te croire ; Allons, vieillard, divertis-nous.
— « Un jour, dans un festin immense , Les grands du monde étaient assis , La richesse avec la puissance
De tout temps et de tout pays.
Déjà, dans la noble assemblée.
Le plaisir allait grandissant , Lorsque , sur la porte ébranlée , Heurta le bâton d'un passant. »
— Ah ! ah l la bonne histoire !
Va , nous t'écoutons tous ;
Te croira qui voudra te croire; Allons, vieillard, divertis-nous.
— « Alors , une voix lamentable :
Seigneur de ce lieu , laisse-moi Prendre les miettes de la table; Je prîrai le bon Dieu pour toi.
— Qui donc es-tu? — Je suis ton frère.
— Toi? Veux-tu railler, par hasard?
Je suis l'empereur de la terre ,
Et je me nomme Balthazar! »
— Ahî ah! la bonne histoire!
Va, nous t'écoutons tous;
Te croira qui voudra te croire ; Allons, vieillard, divertis-nous.
— a Et moi , je me nomme Lazare ; Tu t'en souviendras quelque jour.
Pour le pauvre tu fiis avare ,
Tu deviendras pauvre à ton tour.
Et vous , les heureux de la terre , N'avez-vous plus de charité?
Qui veut soulager ma misère?
Qui veut couvrir ma nudité? »
— Ah ! ah ! la bonne histoire !
Va, nous t'écoutons tous;
Te croira qui voudra te croire; Allons, vieillard, divertis-nous.
— « D'efïroi leur âme était saisie :
Tiens, dit l'un, accepte mon pain.
Prends mes bijoux , dit Aspasie ; Prends mon manteau, dit saint Martin.
Et lui , sur une ligne étroite Promenant son bâton fatal :
a Hommes de bien, passez à droite; Restez à gauche , hommes de mal ! »
— Ah! laissez votre histoire;
Vieillard , asseyez-vous , Venez , venez manger et boire , Et priez le bon Dieu pour nous.