‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 84 sur 249 · PANDORE · texte numérisé non relu

PANDORE

oc LES D£UX GENDAAilËS.

Ueux gendarmes, un beau dimanche , Chevauchaient le long d*un sentier; L'un portait ia sardine blanche, L'autre, le jaune baudrier.

Le premier dit d'un ton sonore :

« Le temps est beau pour la saison .

— Brigadier, répondit Pandore , Brigadier, vous avez raison. »

Phœbus , au bout de sa carrière , Put encor les apercevoir; Le brigadier, de sa voix fière , Troubla le silence du soir :

ft Vois , dit-il , le soleil qui dore Les nuages ù l'horizon.

— Brigadier, répondit Pandore, Brigadier, vous avez raison.

— Ah ! c'est un métier difficile :

Garantir la propriété ; Défendre les champs et la ville Du vol et de l'iniquité !

Pourtant, l'épouse qui m'adore Repose seule à la maison.

— Brigadier, répondit Pandore , Brigadier, vous avez raison.

— Il me souvient de ma jeunesse ;

Le temps passé ne revient pas

J'avais une folle maîtresse Pleine de mérite et d'appas.

Mais le cœur (pourquoi?. . . je l'ignore)

Aime à changer de garnison.

— Brigadier, répondit Pandore, Brigadier, vous avez raison.

— La gloire, c'est une couronne Faite de rose et de laurier ;

J'ai servi Vénus et Bellone :

Je suis époux et brigadier.

Mais je poursuis ce* météore Qui vers Colchos guidait Jason

— Brigadier, répondit Pandore, Brigadier, vous avez raison. »

Puis , ils révèrent en silenc(» ; On n'entendit plus que le pas Des chevaux marchant en cadence ; Le brigadier ne parlait pas.

Mais, quand revint la pale aurore, On entendit un vague son :

« Brigadier, répondait Pandore, Brigadier, vous avez raison. »

L'HISTOIRE DU MENDIAKT.

Jeunes gens qui chantez à table , Prenez pitié de moi : j'ai faim.

— Non. — Laissez prendre au pauvre diable , J'ai soif, une goutte de vin.

— Non. — Ma nudité me fait honte; J'ai froid. — Allons, c'en est assez !

— Voulez-vous que je vous raconte Une histoire des temps passés?

— Ah ! voyons ton histoire ; Va , nous t'écoutons tous ;

Te croira qui voudra te croire ; Allons, vieillard, divertis-nous.

— « Un jour, dans un festin immense , Les grands du monde étaient assis , La richesse avec la puissance

De tout temps et de tout pays.

Déjà, dans la noble assemblée.

Le plaisir allait grandissant , Lorsque , sur la porte ébranlée , Heurta le bâton d'un passant. »

— Ah ! ah l la bonne histoire !

Va , nous t'écoutons tous ;

Te croira qui voudra te croire; Allons, vieillard, divertis-nous.

— « Alors , une voix lamentable :

Seigneur de ce lieu , laisse-moi Prendre les miettes de la table; Je prîrai le bon Dieu pour toi.

— Qui donc es-tu? — Je suis ton frère.

— Toi? Veux-tu railler, par hasard?

Je suis l'empereur de la terre ,

Et je me nomme Balthazar! »

— Ahî ah! la bonne histoire!

Va, nous t'écoutons tous;

Te croira qui voudra te croire ; Allons, vieillard, divertis-nous.

— a Et moi , je me nomme Lazare ; Tu t'en souviendras quelque jour.

Pour le pauvre tu fiis avare ,

Tu deviendras pauvre à ton tour.

Et vous , les heureux de la terre , N'avez-vous plus de charité?

Qui veut soulager ma misère?

Qui veut couvrir ma nudité? »

— Ah ! ah ! la bonne histoire !

Va, nous t'écoutons tous;

Te croira qui voudra te croire; Allons, vieillard, divertis-nous.

— « D'efïroi leur âme était saisie :

Tiens, dit l'un, accepte mon pain.

Prends mes bijoux , dit Aspasie ; Prends mon manteau, dit saint Martin.

Et lui , sur une ligne étroite Promenant son bâton fatal :

a Hommes de bien, passez à droite; Restez à gauche , hommes de mal ! »

— Ah! laissez votre histoire;

Vieillard , asseyez-vous , Venez , venez manger et boire , Et priez le bon Dieu pour nous.

Page 1