‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 88 sur 249 · LA PREMIERE MAITRESSE · texte numérisé non relu

LA PREMIERE MAITRESSE

Parfois, durant les sombres jours, Près de la braise paresseuse , Je repasse de mes amours La suite déjà trop nombreuse.

Alors , vers moi je vois venir Les compagnes de mon enfance , Douces comme le souvenir, Et belles comme l'espérance.

Ali ! toujours on s'attendrira Au souvenir de la jeunesse ;

Jamais on n'oublira

Sa première maîtresse !

Parmi ces fantômes flottants.

D'abord je te vois apparaître ,

Toi que j'oubliai si longtemps.

Et que seule j'aimai peut-être.

L'âge n'a pas glacé tes sens ;

La distance a doublé tes charmes ;

Ma bouche sourit, et je sens

Que mes yeux s'emplissent de larmes

Ah ! toujours on s'attendrira Au souyenir de la jeunesse;

Jamais on n'oublira

Sa première maîtresse !

ClIAINSOISS. 201

D'autres ont pu de mon amour Avoir la crédule apparence ; Chacune passait à son tour En m'emportant une croyance.

Me trompais-tu?... Je n'en sais rien ; Étais- tu belle?... Je l'içnore; Mais je sais que je t'aimais bien ; Et je ne doutais pas encorre.

Ah ! toujours on s'attendrira Au souvenir de la jeunesse ;

Jamais on n'oublîra

Sa première maîtresse.

Pourquoi t'ai-je quittée un jour, Pour quelle maîtresse inconnue....

Sans regret comme sans retour?

Et depuis , qu'es-tu devenue ?

Je n'ai pas même ton portrait Pour me rappeler ta mémoire ; Mon cœur est le livre secret Où je lis encor notre histoire.

Ah ! toujours on s'attendrira Au souvenir de la jeunesse ;

Jamais on n'oubhra

Sa première maîtresse !

Es-tu pauvre ou riche aujourd'hui , Fille de douleur ou de joie?

Si tu n'as pas besoin d'appui , Que jamais je ne te revoie !

Mais , en quelque lieu que tu sois •

Que Dieu t'épargne la misère,...

Si tu n*es plus , entends ma voix ; Mon souvenir, c'est ma prière.

Ah ! toujours on s'attendrira Au souvenir de la jeunesse ; Jamais on n'oublîra Sa première maîtresse !

LE VOYAGE AÉRIEX.

J'ai rompu le dernier lien Qui me rattachait à la terre ; Sur mon navire aérien Je m'élance dans l'atmosphère.

Le tissu flexible et léger, Que gonfle le subtil fluide, Part, sans secousse et sans danger.

Au hasard du vent qui le guide.

La terre s'éloigne de moi ; Je glisse dans l'air diaphane ; Je vois l'abîme sans effroi , Et dans l'immensité je plane.

Les champs dorés et les prés verts , Les eaux d'argent, les toits de brique, Forment , avec leurs tons divers , Une éclatante mosaïque.

Sous un brouillard ëpais et lourd Les villes g^risâtres pâlissent ; Leur aspect sombre et leur bruit sourd Dans le néant s'ensevelissent.

O les humaines passions , Les espérances mensongères !

O les basses ambitions

Qui grouillent dans ces fourmilières !

« Adieu , terre ! j'ai pris mon vol Au delà des zones connues ; Mes pieds ne touchent plus le sol ; Je sonde l'infini des nues !

Voici le zénith étoile; L'horizon disparait immense ; Il semble que Dieu m'ait parlé, Et que l'éternité commence ! . . .

Mais l'air plus rare a , dans les cieux , Ralenti mon élan rapide ; Le froid me saisit, et mes yeux Se sont couverts d'un voile humide.

Âh! c'en est fait, l'immensité Ne sied qu'à l'essence divine ; Je sens bien que l'humanité Frémit encore en ma poitrine.

Sur le sol qui soutint mes pas

Est une famille que j'aime ;

Des amis m'attendent là-bas ,

Qui me sont plus chers que moi-même.

Ah ! que le soleil était beau J Je veux , je veux fouler la terre , La terre qui fut mon berceau , Et qui couvrira ma poussière !

Terre , terre , je te revois !

Salut, ma maison sédentaire, Gaîté des champs , calme des bois !

Salut, mes sœurs, salut, ma mère!

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