‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 89 sur 249 · MON HERITAGE · texte numérisé non relu

MON HERITAGE

Mon cher, il faut que tu penses Au repos de tes vieux jours ; De l'argent que tu dépenses Tu te souviendras toujours.

As-tu fait, pour un autre âge, Quelque placement prudent?

— Moi? J'attends un héritage, Et je chante en l'attendant.

— As-tu donc , en Amérique , Un vieil oncle invétéré?...

Une tante apoplectique,

Ou bien un cousin curé ?

— ' Non, Je n'ai, pour tout potage,

Que mes frères en Adam ;

Mais j'attends un héritage.

Et je chante en l'attendant.

— As-tu quelque chose en vue , Quelque place , quelque état ,

Quelque fille bien pourvue?

Veux-tu te faire soldat , Usurier prêtant sur gage , Ou bien avocat plaidant?

— Non. J'attends un héritage, Et je chante en l'attendant.

Car il doit être sur terre Au nioins un riche garçon , Au moins une douairière Qu'amusera ma chanson.

Grâce à ma gaîté , je gage Qu'ils riront en décédant; Et j'attends leur héritage , Et je chante en l'attendant.

Il viendra bientôt, te dis-je,

Je ne sais d'où ni comment

Il se peut qu'on le rédige , Quelque part, en ce moment.

Toi , qui signes cette page , Je te pleure... et cependant J'accepte ton héritage, Et je chante en l'attendant.

On frappe... C'est mon affaire; J'entends le bruit d'un papier :

Entrez, monsieur le notaire....

Ah ! pardon , c'est un huissier.

Mais , baste ! on sait que le sag(^ Est prêt à tout accident ; Et j'attends mon héritage, Et je chante en l'attendant.

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