JOUR DE L'AN BOURGEOIS
Air nouveau.
Le jour de l'An, quel jour charmant :
On embrasse, on lèche, on bécote, Sans choisir, démocratiqu'ment, Sa concierge et sa propriote.
Oq reçoit des goss's (les amours!...) Qiii vous récitent des rengaines, Et vous souhaitent d'heureux jours...
En vous demandant leurs étrennes.
Puis on sort ach'ter des paquets De bonbons, marrons et pastilles, £t, chargés comme des mulets.
On va voir ceux de la famille.
Ils sont un tas : deaz cents, ou vingt !
On marche, on marche 1 on est en nage ; Pas moyen de prendre un sapin :
Ils sont en grève : c'est Tusagel...
Partout où l'on se rend avec
Des bonbons, il faut qu'on en mange,
Entre un verre de « mclé )> sec
Et d'innombrables tranchas d'orange.
On prend du thé, du cacao,
Et des crottes à la vanille;
Cela fait un méli-mëlo
.Qui, dans vos boyaux, se tortille.
On est bourré : ça n'empéch* pas, Qu'au soir, il faut se mettre à table Pour absorber un grand repas :
fianquet d' famille inéluctable!
Comm' si l'on n' trouvait pas tout bon,
La cuisinière aurait d'ia peine.
De chaqu' plat, qu'on ait faim ou non, — Mange ou crève ! — il faut qu'on reprenne.
Au dessert il faut avaler
Des toa^s, des discours, des romances !
Avec les loups, il &ut hurler :
On chante aussi !
Puis c*est les danses.
On prend des ce rafraîchissements »
Sirop d' groseille et limonade :
De rœuvre c'est le couronnement
Ahl mes amis! on est malade!...
On se couche au petit matin, On dort mal, et, quand on s'éveille, On a la langu' sèche, et le teint Jaune citron ou vert bouteille ;
Et Ton estime chaque fois, Qpe, si <c bonne y> que soit Tannée; Par ce jour de gueule de bois.
On Ta rudement bien gagnée.