‹ Chansons de la BoîteChapitre 19 sur 45 · M. LOUBET AU GRAND PRIX · texte numérisé non relu

M. LOUBET AU GRAND PRIX

Air : En revenant de la Rgvue,

Aa Grand Prix d'qaatre-vingt-dix-neof,

Monsieur Loubet vint en landau,

Ayant encor un peu d'jaun' d'œuf,

Étalé dans Imilieu du dos.

Sur son passage on fit silence,

Il n'y eut pas d'acclamations :

Car on sait que la Présidence

K'aim' pas les manifestations.

Sur r champ d' courses de Loncbamp Y' avait pas d'œillets blancs,

y avait pas non plus d'œillets bleus, Y' avait pas le moindre cercleux,

Y' avait pas un pékin,

Y* avait pas un'catin.

Ç'eùt été rSahara

Si, par hasard, on n'eût vu là :

Monsieur Sergot Avec Madam* Sergot, Tout' la famille Sergot,

Gendre et filleule 1

Et rPrésident S'disait en les r'gardant :

« Qu'on y vienn' donc maint'nant

« M*cassser la gueule ! »

Ça c'est 'pour l'enceint' du Pesage :

Aux tribunes également

Y* avait du mond-, suivant l'usage, Du mond' très bien évidemment :

Les Cercles de la France entière, De Saint-Denis et de Pantin, Mais pas les Cercles réactionnaires :

Rien que les CercFs républicains.

Coiôés de chapeaux m'ions, Et de casquett's à ponts.

Ils n'étaient pas très bien peignés.

Mais avaient l'air très distingués ; * Tous entre eux souriaient, Lorsqu'ils s'interpellaient, Et, s'tapant sur l'bedon,

Us se disaient : « BenI mon cochon !.

Prés d^eux, s'tenaient Les juges du Parquet Dans de beaux cabinets :

Ceux des « Dam's seules ! »

Et rPrésident

Chaîisons de la Boîte

Disait en les r'gardant :

« Q.a*on y vienn* donc mainfnant « M'câsser la gueule 1 >

Mais le plus beau, c'était la p'iouse :

C'est là qu'était Ipeuple d'Paris ; Le sarrau tout prés de la blouse Regardaient conrir le Grand Prix.

Y*avait pas d'zinguenrs, de fiidiistes, De charpentiers ni de frottenrs ; il n'y avait là qu*des Anarchistes :

Les seuls, les vrais bons électeurs !

Ils échangeaient entre eux

Un tas dlazzis joyeux ; Ils échangeaient mèm' quelques poux.

Quelques punais s et quelques coups.

Puis aa silène* se fsait.

Un signal s'élevait,

Un^ grêle de sous tombait,

£t tout Tmond' criait : « Viv' Loubet ! »

£t v'ià comment

Au Grand Prix de Lonchamp,

Notre cher Président

Qu'Beauf'paire engueule,

Grâce à Tunion .

DTÉlite d' la nation, N'a pas r'çu Fmoindre gnon

Dessus la gueule I-

LE TRIOxMPHE DE LA RÉPUBLiaUE

(A propos de l'innuguration du groupe du sculpteur DaioU| place de la Nation.)

Air : Sire de Fiche ton camp.

Depuis que nous somm's en République,

On engueur le Gouvernement,

Régulièrement!

Félix trinquait, c'est magnifique, Mais Loubet trinque encore plus fort.

Il a r record!

Il est donc on n* peut plus logique, D'inaugurer un monument.

Représentant Le Triomph* de la République, Comme on T ût, Plac' de la Nation,

Avec onction !

Y avait là, le Président,

L' Ministre d' la Guerre, Waldeck-Rousseau , Millerand, Un tas d* fonctionnaires,

Des orphéonistes, Qui gueulaient! qui gueulaient!...

Beaucoup d' journalistes, £t la Rousse au complet.

Le groupe était, c'est symbolique.

Placé dans ï milieu d'un bassin

(Marianne au bain 1) P't'ètr' pour montrer qu' la République Est un régime qu'est plutôt

A fiche à l'eau !

Pour avoir Tair de s'y connaitre, Loubet dit (ou y'avait souillé) :

— « C'est patiné ! »

Fuis à Dalou, il dit : « Œer maître !

« Votr* Républiqu', j' l'ai découvert, « A le dos vert I »

Dalou r mercia le Président,

L* Ministre d' la Guerre, Waldeck-Rousscau, Alillerand, Tous les fonctionnaires,

Les orphéonistes, Qui gueulaient! qui gueulaient!

Tous les journalistes, Et la Rousse au complet.

Mais v'ià les discours qui commencent :

Lucipia cause, et puis 1' Préfet.

Ça fait d' Tefietl Ils n* disant pas un mot de c' qu'ils pensent, Mais tout r monde applaudit beaucoup,

Ça s' fait partout!

Pour recompenser le mérite, Loubet, en décorant Dalou,

Lui sâute au cou !

Avant qu'il n' puiss' prendre la fuite, 11 lui pass* — pour lui, quel orgueil ! — Un' langu' dans l'œil!

Dalou r'mercia 1' Président, L' Ministre d* la Guerre, Waldeck-Rousseau, Millerand.

Tous les fonctionnaires,

Les orphéonistes, Q|ii gueulaient! qui gueulaient!... *

Tous les journalistes, £t la Rousse au complet.

Mais Waldeck dit : « Qjaell' République « Est-ce qu'on vient d'inaugurer ?

« La « Modéré' ? »

« Non, dit Mill'rand, qui soudain s' pique, C'est la (( Sociale » évidemment,

Et sûrement !

Chansons de la Botte.

Galliâet dit : « Viv' 1^ Commune !

« C'est la Républiqu' que j' défeads

« Energiqu'ment 1 » * « Non, dit Loubet, c' n'en est aucune, « Mais c'est cell' qui nous fout d' l'argent, «c Depuis trente ans ! »

Ça fit rir' le Président, •

L' Ministre d' la Guerre, Waldeck-Rousseau, Millerand, Tous les fonctionnaires, Les orphéonistes,

Q}ii gueulaient! qui gueulaient!...

Tous les journalistes, £t la Rousse au complet !

Lors on chanta la Marseillaise, On cria, sur l'ordr' du Prcfet :

« Vive Loubet! »

Loubet ne se sentait pas d'aise.

Chansons de la BoUe.^

Qjiand, tout à coup — quelle émotion Eu procession, - Il voit venir des drapeaux rouges, Il se lèv' précipitamment,

Et dit : « J' fous V camp!

« Je sens qu'en moi, le Midi bouge, « C'est r peuple qui va défiler, « Il .va m* siiHer! »

Ça fit fuir le Président, L' Ministre d' la guerre, Waldeck Rousseau, Millerand, Tous les fonctionnaires,

Les orphéonistes, Qjii gueulaient! qui gueulaient!...

Tous les journalistes.

Et la Rousse au complet 1

Ainsi se termina la fête, On défila d'vant les fauteuils,

Quel beau coup d'œil!

La foule chantait à tu'-tête :

« La Carmagnole a et a Les poivrots

« Sont rigolos i »

La Police républicaine.

Sur l'armée des Républicains,

Colla des paingsl En fourra dedans quelques douzaines, Afin de dignement fêter...

La Liberté I . Pendant c* temps-là, 1' Président, Et ses fonctionnaires, Jouaient les « Sir's de fich' ton çampl » Devant V populaire!

Si la République Triomph' comm' ça souvent,

J' crois qu'il s'ra logique D' changer d' gouvernement!

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