M. LOUBET AU GRAND PRIX
Air : En revenant de la Rgvue,
Aa Grand Prix d'qaatre-vingt-dix-neof,
Monsieur Loubet vint en landau,
Ayant encor un peu d'jaun' d'œuf,
Étalé dans Imilieu du dos.
Sur son passage on fit silence,
Il n'y eut pas d'acclamations :
Car on sait que la Présidence
K'aim' pas les manifestations.
Sur r champ d' courses de Loncbamp Y' avait pas d'œillets blancs,
y avait pas non plus d'œillets bleus, Y' avait pas le moindre cercleux,
Y' avait pas un pékin,
Y* avait pas un'catin.
Ç'eùt été rSahara
Si, par hasard, on n'eût vu là :
Monsieur Sergot Avec Madam* Sergot, Tout' la famille Sergot,
Gendre et filleule 1
Et rPrésident S'disait en les r'gardant :
« Qu'on y vienn' donc maint'nant
« M*cassser la gueule ! »
Ça c'est 'pour l'enceint' du Pesage :
Aux tribunes également
Y* avait du mond-, suivant l'usage, Du mond' très bien évidemment :
Les Cercles de la France entière, De Saint-Denis et de Pantin, Mais pas les Cercles réactionnaires :
Rien que les CercFs républicains.
Coiôés de chapeaux m'ions, Et de casquett's à ponts.
Ils n'étaient pas très bien peignés.
Mais avaient l'air très distingués ; * Tous entre eux souriaient, Lorsqu'ils s'interpellaient, Et, s'tapant sur l'bedon,
Us se disaient : « BenI mon cochon !.
Prés d^eux, s'tenaient Les juges du Parquet Dans de beaux cabinets :
Ceux des « Dam's seules ! »
Et rPrésident
Chaîisons de la Boîte
Disait en les r'gardant :
« Q.a*on y vienn* donc mainfnant « M'câsser la gueule 1 >
Mais le plus beau, c'était la p'iouse :
C'est là qu'était Ipeuple d'Paris ; Le sarrau tout prés de la blouse Regardaient conrir le Grand Prix.
Y*avait pas d'zinguenrs, de fiidiistes, De charpentiers ni de frottenrs ; il n'y avait là qu*des Anarchistes :
Les seuls, les vrais bons électeurs !
Ils échangeaient entre eux
Un tas dlazzis joyeux ; Ils échangeaient mèm' quelques poux.
Quelques punais s et quelques coups.
Puis aa silène* se fsait.
Un signal s'élevait,
Un^ grêle de sous tombait,
£t tout Tmond' criait : « Viv' Loubet ! »
£t v'ià comment
Au Grand Prix de Lonchamp,
Notre cher Président
Qu'Beauf'paire engueule,
Grâce à Tunion .
DTÉlite d' la nation, N'a pas r'çu Fmoindre gnon
Dessus la gueule I-
LE TRIOxMPHE DE LA RÉPUBLiaUE
(A propos de l'innuguration du groupe du sculpteur DaioU| place de la Nation.)
Air : Sire de Fiche ton camp.
Depuis que nous somm's en République,
On engueur le Gouvernement,
Régulièrement!
Félix trinquait, c'est magnifique, Mais Loubet trinque encore plus fort.
Il a r record!
Il est donc on n* peut plus logique, D'inaugurer un monument.
Représentant Le Triomph* de la République, Comme on T ût, Plac' de la Nation,
Avec onction !
Y avait là, le Président,
L' Ministre d' la Guerre, Waldeck-Rousseau , Millerand, Un tas d* fonctionnaires,
Des orphéonistes, Qui gueulaient! qui gueulaient!...
Beaucoup d' journalistes, £t la Rousse au complet.
Le groupe était, c'est symbolique.
Placé dans ï milieu d'un bassin
(Marianne au bain 1) P't'ètr' pour montrer qu' la République Est un régime qu'est plutôt
A fiche à l'eau !
Pour avoir Tair de s'y connaitre, Loubet dit (ou y'avait souillé) :
— « C'est patiné ! »
Fuis à Dalou, il dit : « Œer maître !
« Votr* Républiqu', j' l'ai découvert, « A le dos vert I »
Dalou r mercia le Président,
L* Ministre d' la Guerre, Waldeck-Rousscau, Alillerand, Tous les fonctionnaires,
Les orphéonistes, Qui gueulaient! qui gueulaient!
Tous les journalistes, Et la Rousse au complet.
Mais v'ià les discours qui commencent :
Lucipia cause, et puis 1' Préfet.
Ça fait d' Tefietl Ils n* disant pas un mot de c' qu'ils pensent, Mais tout r monde applaudit beaucoup,
Ça s' fait partout!
Pour recompenser le mérite, Loubet, en décorant Dalou,
Lui sâute au cou !
Avant qu'il n' puiss' prendre la fuite, 11 lui pass* — pour lui, quel orgueil ! — Un' langu' dans l'œil!
Dalou r'mercia 1' Président, L' Ministre d* la Guerre, Waldeck-Rousseau, Millerand.
Tous les fonctionnaires,
Les orphéonistes, Q|ii gueulaient! qui gueulaient!... *
Tous les journalistes, £t la Rousse au complet.
Mais Waldeck dit : « Qjaell' République « Est-ce qu'on vient d'inaugurer ?
« La « Modéré' ? »
« Non, dit Mill'rand, qui soudain s' pique, C'est la (( Sociale » évidemment,
Et sûrement !
Chansons de la Botte.
Galliâet dit : « Viv' 1^ Commune !
« C'est la Républiqu' que j' défeads
« Energiqu'ment 1 » * « Non, dit Loubet, c' n'en est aucune, « Mais c'est cell' qui nous fout d' l'argent, «c Depuis trente ans ! »
Ça fit rir' le Président, •
L' Ministre d' la Guerre, Waldeck-Rousseau, Millerand, Tous les fonctionnaires, Les orphéonistes,
Q}ii gueulaient! qui gueulaient!...
Tous les journalistes, £t la Rousse au complet !
Lors on chanta la Marseillaise, On cria, sur l'ordr' du Prcfet :
« Vive Loubet! »
Loubet ne se sentait pas d'aise.
Chansons de la BoUe.^
Qjiand, tout à coup — quelle émotion Eu procession, - Il voit venir des drapeaux rouges, Il se lèv' précipitamment,
Et dit : « J' fous V camp!
« Je sens qu'en moi, le Midi bouge, « C'est r peuple qui va défiler, « Il .va m* siiHer! »
Ça fit fuir le Président, L' Ministre d' la guerre, Waldeck Rousseau, Millerand, Tous les fonctionnaires,
Les orphéonistes, Qjii gueulaient! qui gueulaient!...
Tous les journalistes.
Et la Rousse au complet 1
Ainsi se termina la fête, On défila d'vant les fauteuils,
Quel beau coup d'œil!
La foule chantait à tu'-tête :
« La Carmagnole a et a Les poivrots
« Sont rigolos i »
La Police républicaine.
Sur l'armée des Républicains,
Colla des paingsl En fourra dedans quelques douzaines, Afin de dignement fêter...
La Liberté I . Pendant c* temps-là, 1' Président, Et ses fonctionnaires, Jouaient les « Sir's de fich' ton çampl » Devant V populaire!
Si la République Triomph' comm' ça souvent,
J' crois qu'il s'ra logique D' changer d' gouvernement!