‹ Chansons de la BoîteChapitre 42 sur 45 · L'ARRIVÉE DU CZAR · texte numérisé non relu

L'ARRIVÉE DU CZAR

Air : En revaianl de lu Revue.

Depuis qu'Loubet est roi de France, Notre ami le czar Nicolas Avait brillé par son absence A nos fêtes, à nos galas.

Paraît qu'maint'nant il se décide, Et qu'nous allons l'voir arriver :

C'est Delcassé qui sVa son guide, Ça m*fich*le trac rien qu'd'y penser.

Sa femme et ses enfants

Qui sont très bien portants Viennent en même temps que lui,

' Cette cbantOD fut faîte à la fin àu mois d'août, alors qu'il était annoncé que le czar viendrait en France avec les quatre petites grandes duchesses.

On sait que la grande duchesse Anastasie, encore au biberon, ne voyage pas sans que la vache laitière qui lui sert de nourrice ne l'accompagne dans un « box » spécial.

Et son oncle Alexis le suit.

Sa gosse Anastasie, Qpi début' dans la vie, S'méfiant du lait dTaris,

Amén' la vach' qui la nourrit.

Nicolas II, Sa dame et ses petits âeux Son oncle, ués heureux, Et tout plein d'aise, La vache aus^i»

Du fin fond d'ia Russi', Vienn nt acclamer ici L'armée française î

On loge le czar à Compiégne :

On lui donne l'appartement

Qui servit, pendant plus d'un régne, Au roi de France exclusiv'ment.

^ Afin qu*il trouve qu'on l'héberge Royalement, sans lésiner.

On Ini donn* tout... c*est chez Tconcierge Que Loubet songe à se loger 1

Les ministres auront

Les chambres du second, Qui servaient aux valets de pied, Aux larbins du siècle dernier.

Lépine, gentiment,

Partagea le log'ment

De la vach' de Tenfant :

Un' vache, c'est presque un agent !

Nicolas II, Sa dame et ses p'tits âeux.

Son oncle, très heureux

S'ront tout pleins d'aise,

La vache aussi, D'être logée ainsi, Pour acclamer îd

Uarmée française.

Nicolas, au débarcadère, S*ra r'çn par le gouvernement :

Tous les membres du ministère Ont promis d se t'nir proprement.

Pour tous, on est assez tranquille, Excepté cependant pour un, car Pour MiU'rand, ce s'ra moins facile :

Monsieur Millraad, naim' pas le czarl...

£a tant qu ministre, U doit Le traiter comme un roi.

Mais, en tant que bon socialo, • Il doit Ttrâiter comme un salaud,

Chansons de la Boîle. 213

Aussi, pour éviter

Toute perplexité, Faudra, pour moins Tchanger, Lui donner la vache à garder*

Nicolas lly Sa dame et ses petits ôeux, Son oncle, très heureux,

£t tout pleins d'aise,

La vache aussi,

Seront bien mieuic ainsi,

Pour acclamer ici

L'armée française.

Loubet bûche son protocole.

Il disait hier à Crozier :

— « J'ai tant peur qu oa se pai' ma ûole I. . . (( Ça n'm*est pas commod' de briller !

(( D abord je manque un peu de taille, (( £t j'n'ai pas Tair très imposant :

« Louis XIV dans son Versailles « Devait être plus séduisant !

(( Brugcre est, sur ma foi,

« Beaucoup plus chic que moi ; « Y a gucr' qu'au général André (( Que je puisse être comparé.

(c Lui G*est Fgrand écbalas,

« Moi le pot à tabac ;

« J'ai peur que Nicolas, « En nous voyant» ne soit baba.

c< Je suis anxieux « De voir Nicolas II, « Sa dame et ses p'tits ûeux, * « J'suis mal à Taise!

« La vache aussi, (( De crainte me transit^, « V'nant acclamer ici

(( L'armée française. »

Tout s'arrangVa, la chose est sûre :

Loubet est p'tit, mais l'people est grand.

Ki(ioIas II, de sa voiture.

Dans Fpeuple, mêl'ra ['président.

Qjiand il verra la foule immense, Lui £dre fête, en acclamant Olga, sa vieille connaissance, .

Ses trois p'tit's sœurs et sa maman,

Loubet dispar^tra,

Et le czar ne verra Qji'un grand peuple plein de bonheur, De pouvoir crier : « Viv' TEmp'reur ! »

Et, devant nos soldats, Opi défilront iâ-bas, Il cess'ra d'comparer L*armée au général André 1

Nicolas II, Sa dame et seis p'tits fieux Son onde, très heureux

Et tout pleins d*aise,

Auront ainsi

Vraiment bien .réus^

En v'nant fêter ici

L'armée française.

LIMPROMPTU DE COMPIÈGNE

Air : L'omnibus de la Préfecture.

Quand on chargea Edmond Rostand D'écrir' l'à-propos de Coinpiégney . Il se fit des ch*veux un instant :

Ça donna dTespoir à son peigne.

Pnis il se dit : « Mais je n'ai qu'à M'adresser/sans plus de malice, Non pas au Tsar, coiûme Hérédia, Mais plutôt à l'Impératrice I

Q^and, au pont Alexandre trois, Hérédia lut ses belles strophes (Un Poète tutoie les rois 1) Il tutoya Nicolasofie Moi, ne voulant pas taquiner La même Muse inspiratrice, Je m'en vais, simplement, traiter £n camarade Tlmpératrice.

Je m'en vaisÊdre une allusion, Tris délicate, à Marie-Louise, Que cocufia Napoléon :

Ce sera tout à &it de misé.

Et je dirai que la Psyché, Un* fois d'plus, verra, quell's délices 1 Un' bell' Reine en train de s'coucher :

Ça flattera l'Impératrice 1

Je vais dire les gâlantins,

Les amants, qui, sous le grand régne,'

Changèrent en lienx clandestins

Ce même château de Compiégne.

Je ferai dire à l'aubusson

Du fauteuil, au repos propice :

« Un' dam' qui s'assied d'cett' façon,

« Oh ! oh 1 c'est une Impératrice ! »

Pour terminer sur la not' d'art, Ayant comparé la Souv'raine A Madame Sarah Bernhardt, En l'appelant Princesse lointaine, Je dirai l'château occupé Par un Reine de Franc', qui, délice!

Par son peuple, eut le cou coupé :

Ça s'ra gai pour Tlmpératricc I

L'eôet fut vraiment épatant, Lorsque Baitet ^nat^MUc h &céne^ .

Dire les vers d'Edmond Rostand Devait la blonde Souveraine :

D'abord on vit pâlir Loubet, L'œil du Czar se mit en coulisse, Et Crozier se dit, très inquiet :

« Cqu'eir fait un' tôt' ! » Tlmpératrice !

Doit-on guillotiner Rostand, Ainsi que Drumont le demande ?

11 est excusable, pourtant !

. Ça n'vaut pas plus d'un' réprimande I Car, comment pourrait-il savoir, N'ayant vu, depuis soixant'-dix... se, Chez nous, qu' des Reines... de lavoir. Ce que c'est qu'une Impératrice ?

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