PARIS
Parfois me revient un air
Qui fut célèbre dans Paris,
Un air de café concert
Ou d'orgue de barbarie
Et soudain,
En rêve je vois,
Par delà les toits
De la ville coloniale,
Le grand jardin baigné de soir,
Le quartier studieux et noir,
Les boulevards ruisselants d'or,
Les théâtres.
Le carrefour de l'Opéra
Où se croisent toutes les races :
Grecs bruns, pâles anglais.
Japonais et américains
Des palais cosmopolitains.
Puis c'est Montmartre, ses tavernes.
Ses cafés de nuit et ses bars
Où des jockeys gringalets
Parlent anglais,
Tandis que quelque " Valse bleue ",
Jouée par un orchestre rouge
De faux tziganes,
Verse un émoi aux courtisanes.
Paris,
Le Paris de la nuit,
Le Tout Paris inutile
Défile
Évoqué par les notes claires
Du vieil air
Qui me serait indifférent
S'il ne gardait comme un relent
Mélancolique
De la grande cité brutale,
De la libre capitale
Toujours vibrante
Des échos d'un noble passé.
De Paris, noir vaisseau de pierre,
Voguant sous les rouges étoiles
Des nuits triomphales de l'art.
Vers l'horizon clair du progrès.