L'ADIEU
Je voudrais dire en vers libres
Comme l'Océan
Et le vent
Et les vols ivres
Des goélands
Ce que j'éprouve sur "l'Irène"
Qui loin de France
Porte mes rêves en sa prison
Vers l'horizon
Et vers les grèves
Des Antilles chaudes et parfumées,
Des Antilles dont je rêvais
Par les jours tristes de province
Et vers lesquelles j'adorais
Alors en songe revenir.
Mais aujourd'hui
Que s'accomplit ce vieux désir
Mon cœur ressent la vanité
Des grand espoirs réalisés.
Et tandis que les ailes fraîches
Des zéphirs s'éloignent et font place
Aux vols tièdes des alizés,
Mon âme pense avec émoi
A la douceur du ciel français.
O bouleversement
Du cœur et des sens,
Du souvenir et du désir,
Puérils rêves
Vers des couchants et vers des grèves
Noyés d'une brume infinie
De l'autre côté de la terre...
Depuis hier, les fleurs.
Les fleurs surtout ont obsédé
Le désarroi de mes pensées ;
Les fleurs, toutes les fleurs
Que le Printemps va ramener
Dans les vallées
Et les pelouses
Etoilées,
Près des remparts verts de Paris.
O fleurs que je ne verrai pas
Fleurs de banlieues,
Ancolies bleues,
Roses rouges du Luxembourg,
Roses blondes de St-Cloud,
Fleurs des cerisiers de Montmorency
Et vous, muguets de Chantilly
Qu'au Dimanche du Jockey-Club
Vendent les enfants du pays
Dont les yeux sont comme anglais
Par une pureté si bleue
Qu'elle m'a fait souvent penser
Aux lacs limpides de l'Ecosse.
Adieu tant de tièdes Dimanches
Et tant de longs après-midis
Dans le Luxembourg endormi.
Mais je regrette encor et plus
Que tout ceci,
De purs profils.
De vastes yeux.
Les vôtres surtout.
Mais d'autres aussi
Tous les autres
D'ailleurs et de Paris
Qui mirèrent un instant
Mon tourment
De les aimer tous à la fois.