‹ Chansons de mer et d'outre merChapitre 2 sur 66 · L'ADIEU · texte numérisé non relu

L'ADIEU

Je voudrais dire en vers libres

Comme l'Océan

Et le vent

Et les vols ivres

Des goélands

Ce que j'éprouve sur "l'Irène"

Qui loin de France

Porte mes rêves en sa prison

Vers l'horizon

Et vers les grèves

Des Antilles chaudes et parfumées,

Des Antilles dont je rêvais

Par les jours tristes de province

Et vers lesquelles j'adorais

Alors en songe revenir.

Mais aujourd'hui

Que s'accomplit ce vieux désir

Mon cœur ressent la vanité

Des grand espoirs réalisés.

Et tandis que les ailes fraîches

Des zéphirs s'éloignent et font place

Aux vols tièdes des alizés,

Mon âme pense avec émoi

A la douceur du ciel français.

O bouleversement

Du cœur et des sens,

Du souvenir et du désir,

Puérils rêves

Vers des couchants et vers des grèves

Noyés d'une brume infinie

De l'autre côté de la terre...

Depuis hier, les fleurs.

Les fleurs surtout ont obsédé

Le désarroi de mes pensées ;

Les fleurs, toutes les fleurs

Que le Printemps va ramener

Dans les vallées

Et les pelouses

Etoilées,

Près des remparts verts de Paris.

O fleurs que je ne verrai pas

Fleurs de banlieues,

Ancolies bleues,

Roses rouges du Luxembourg,

Roses blondes de St-Cloud,

Fleurs des cerisiers de Montmorency

Et vous, muguets de Chantilly

Qu'au Dimanche du Jockey-Club

Vendent les enfants du pays

Dont les yeux sont comme anglais

Par une pureté si bleue

Qu'elle m'a fait souvent penser

Aux lacs limpides de l'Ecosse.

Adieu tant de tièdes Dimanches

Et tant de longs après-midis

Dans le Luxembourg endormi.

Mais je regrette encor et plus

Que tout ceci,

De purs profils.

De vastes yeux.

Les vôtres surtout.

Mais d'autres aussi

Tous les autres

D'ailleurs et de Paris

Qui mirèrent un instant

Mon tourment

De les aimer tous à la fois.

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