‹ Chansons de mer et d'outre merChapitre 30 sur 66 · L'INUTILE ÉDEN · texte numérisé non relu

L'INUTILE ÉDEN

Il est dans l'île mystérieuse

De la Dominique,

Dans l'île ceinte de cocotiers,

Dans l'île anglaise où vivent encor

Les derniers fils des Caraïbes,

Des montagnes violentes

Aux belles perspectives,

Couvertes de fleurs de pourpre et d'or

Et bruissantes d'ailes magiques.

On voit de larges arbres flamboyants

Trapus et tourmentés

Comme des arbres du Japon

Illuminer son clair été ;

Leurs floraisons

Saignent sur la mer qui bouge

Et qui semble d'autant plus bleue

Quelles sont plus rouges.

On voit à perte de vue

Des vallons profonds

De frangipaniers,

De citronniers et de roses

Iriser sa lumière crue.

Or, cet admirable pays,

Qui me serait un paradis

Si vos grands yeux mélancoliques

Avaient miré ses belles lignes,

M'a paru bien morne sans vous.

Mais quel cadre ferait cette Ile

Pour un bonheur ardent et doux.

Que ses soirs seraient enivrants,

Que ses aubes seraient belles,

Vus à travers le regard clair

De l'Amour,

De l'Amour qui donne une âme

Aux splendeurs variées des choses

Et sans lequel

L'Océan et le Ciel

Et les jardins chargés de roses

Ne sont que de ternes miroirs !

Et c'est pourquoi je préfère,

A cette heure,

Aux paysages exubérants

De la plus verte des Antilles

La douceur d'Avril ou d'Octobre

Dans un parc

Où le soir bleu

A pris la couleur languissante

Des crépuscules de vos yeux.

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