L'INUTILE ÉDEN
Il est dans l'île mystérieuse
De la Dominique,
Dans l'île ceinte de cocotiers,
Dans l'île anglaise où vivent encor
Les derniers fils des Caraïbes,
Des montagnes violentes
Aux belles perspectives,
Couvertes de fleurs de pourpre et d'or
Et bruissantes d'ailes magiques.
On voit de larges arbres flamboyants
Trapus et tourmentés
Comme des arbres du Japon
Illuminer son clair été ;
Leurs floraisons
Saignent sur la mer qui bouge
Et qui semble d'autant plus bleue
Quelles sont plus rouges.
On voit à perte de vue
Des vallons profonds
De frangipaniers,
De citronniers et de roses
Iriser sa lumière crue.
Or, cet admirable pays,
Qui me serait un paradis
Si vos grands yeux mélancoliques
Avaient miré ses belles lignes,
M'a paru bien morne sans vous.
Mais quel cadre ferait cette Ile
Pour un bonheur ardent et doux.
Que ses soirs seraient enivrants,
Que ses aubes seraient belles,
Vus à travers le regard clair
De l'Amour,
De l'Amour qui donne une âme
Aux splendeurs variées des choses
Et sans lequel
L'Océan et le Ciel
Et les jardins chargés de roses
Ne sont que de ternes miroirs !
Et c'est pourquoi je préfère,
A cette heure,
Aux paysages exubérants
De la plus verte des Antilles
La douceur d'Avril ou d'Octobre
Dans un parc
Où le soir bleu
A pris la couleur languissante
Des crépuscules de vos yeux.