Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834
Au moment de prendre congé du public, je sens avec une émotion plus profonde la reconnaissance que je lui dois ; je me retrace plus vivement les marques d’intérêt dont il m’a comblé, depuis près dë vingt ans que mon nom a commencé à lui être connu.
Telle a été sa bienveillance, qu’il n’eût tenu qu’à moi de me faire illusion sur le mérite de mes ouvrages. J’ai toujours mieux aimé attribuer ma popularité, qui m’est bien chère, à mes sentiments patriotiques, à la constance de mes opinions, et, j'ose ajouter, au dévouement désintéressé avec lequel je les ai défendues et propagées.
Qu’il me soit donc permis de rendre compte à ce môme public, dans une simple causerie, des circonstances et des impressions qui m’ont été particulières, et auxquelles se rattache la publication des chansons qu’il a accueillies si favorablement. C’est une sorte de narration familière où il reconnaîtra du moins tout le prix que j’ai attaché à scs suffrages.
Je dois parler d’abord de ce dernier volume.
Chacune de mes publications a été pour moi le résultat d’un pénible effort. Celle-ci m’aura causé à elle seule plus de malaise que toutes les autres ensemble. Elle est la dernière; malheureusement elle vient trop tard. C’est immë-
• I.c* autre» I’rcfaccs de l’auteur sont renvoyées à ta fin du volume.
PRÉFACE
Jiatcmcnt «près la Révolution de juillet que ce volume cftt dû paraître : ma modeste mission était alors terminée. Mes éditeurs savent pourquoi il ne m’a été permis d’achever plus tôt un rôle privé désormais de l’intérét qu’il pouvait avoir sous le règne de la légitimité. Beaucoup de chansons de ce nouveau recueil appartiennent à ce temps déjà loin de nous, et plusieurs même auront besoin de notes.
Mes chansons, c’est moi. Aussi le triste progrès des années s’y fait sentir au fur et i mesure que les volumes s'accumulent, ce qui me fait craindre que celui-ci ne paraisse bien sérieux. Si beaucoup de personnes m’en font un reproche, quelques-unes m'en sauront gré, je l’espère; elles reconnaîtront que l'esprit de l’époque actuelle a dû contribuer, non moins que mon âge, à rendre le choix de tnes sujets plus grave et plus philosophique.
Les chansons nées depuis 1830 semblent en effet se rattacher plutôt aux questions d'intérêt social qu’aux discussions purement politiques. En doit-on être étonné? Ene lois qu’on suppose reconquis le principe gouvernemental pour lequel ou a combattu, il est naturel que l'intelligence éprouve le besoin d'en faire l'application au profit du plus grand nombre. Le bonheur de l'humanité a été le songe de ma vie. J’en ai l’obligation, sans doute, à la classe dans laquelle je suis né et à l’éducation pratique que j’y ai reçue. Mais il a fallu bien des circonstances extraordinaires pour qu’il fût permis à un chansonnier de s’immiscer dans les hautes questions d’améliorations sociales. Heureusement une 1 foule d’hommes, jeunes et courageux, éclairés et ardents, ont donné, depuis peu, un grand développement à ces questions, et sont parvenus à les rendre presque vulgaires. Jesouhaile que quelques-unes de mes c vin positions prouvent à ces esprits élevés ma sympathie pour leur généreuse entreprise.
Je n'ai rien à dire des ch msons qui appartiennent au temps de la Restauration, si ce n’est qu’elles sont sorties toutes faites de la prison de la Force. J’aurais peu tenu « '
PREFACE
tu
les imprimer, si elles ne complétaient ces espèces de mémoires chantants que je publie depuis 1815. Je n'ai pas, au reste, à craindre qu’on me fasse le reproche de ne montrer de courage que lorsque l’ennemi a disparu. On pourra même remarquer que ma détention, bien qu’assez longue, ne m’avait nullement aigri : il est vrai qu’alors je croyais voir s’approcher l’accomplissement de mes prophéties contre les Bourbons. C’est ici l’occasion de m’expliquer sur la petite guerre que j’ai faite aux princes de la branche déchue.
• Mon admiration enthousiaste et constante pour le génie de l’Empereur, ce qu’il inspirait d’idùlatrie au peuple, qui ne cessa de voir en lui le représentant de l’égalité victorieuse; cette admiration, cette idolâtrie, qui devaient faire un jour de Napoléon le plus noble objet de mes chants, no m’aveuglèrent jamais sur le despotisme toujours croissant de l’Empire. En 1814, je ne ris dans la chute du colosse que les malheurs d’une patrie que la République m’avait appris & adorer. Au retour des Bourbons, qui m’étaient indifférents, leur faiblesse me parut devoir rendre facile la renaissance des libertés nationales. On nous assurait qu’ils feraient llliance avec elles : malgré la Charte, j’y croyais peu; mais on pouvait leur imposer ces libertés. Quant au peuple,1 dont je ne me suis jamais séparé, après le dénoûraent fatal de si longues guerres, son opinion ne me parut pas d’abord décidément contraire aux maîtres qu’on venait d’exhumer pour lui. Je chantai alors la gloire de la France; je la chantai en présence des étrangers, froDdant déjà toutefois quelques ridicules de cette époque, sans être encore hostile à la royauté restaurée. :->i-
On m’a reproché d’avoir fait une opposition de haine aux Bourbons; ce que je viens de dire répond à cette accusa J lion, que peu de personnes aujourd’hui, j’on suis sûr,1 Rendraient à repousser, et qu’autrefois j’acceptais en silence;
Les illusions durèreut peu; quelques mois suffirent pour que chacun pût se reconnaître, et dessillèrent les yeux des moins r>airvoyant*;' je ne parle que des gouvernée - ' * J
PREFACE
Le retour du l’Empereur vint bientôt partager la France en deux camps, et constituer l’opposition qui a triomphé en 1830. 11 releva le drapeau national et lui rendit son avenir, en dépit de Waterloo et des désastres qui en furent la suite. Dans les Ceut-Jours, l’enthousiasme populaire ne m’abusa point; je vis que Napoléon ne pouvait gouverner constilutiounellement; ce n’était pas pour cela qu’il avait été donné J au monde. Tant bien que mal, j’exprimai mes craintes dans la chanson intitulée la Politique de Lise, dont la forme a si peu de rapport avec le fond. Ainsi que le prouve mon premier recueil, je n’avais pas encore osé faire prendre a la chanson un vol plus élevé ; ses ailes poussaient. 11 me fut plus facile de livrer au ridicule les Français qui ne rougissaient pas d’appeler de leurs vœuximpiesletriompheet le retour des armées étrangères. J’avais répandu des larmes à leur première entrée à Paris; j'en versai à la seconde : il est peut-être des gens qui s’habituent à de pareils spectacles.
J'eus alors la conviction profonde que, les Bourbons fussent-ils tels que l’osaient encore dire leurs partisans, il n'y avait plus pour eux possibilité de gouverner la France, ni pour la France possibilité de leur faire adopter les principes libéraux qui , depuis 1814 , avaient reconquis tout ce que leur avaient fait perdre la Terreur, l’anarchie directoriale et. la gloire de l’Empire. Cette conviction, qui ne m’a plus abandonné, je la devais moins d’abord aux calculs de ma raison qu’à l’instinct du peuple. A chaque événement, je l’ai étudié avec un soin religieux, et j’ai presque toujours j attendu que ses sentiments me parussent en rapport avec mes réflexions pour en faire ma règle de conduite dans le rôle que l’opposition d’alors m’avait donné à remplir. Le peuple, c’est ma Muse.
C'est cette Muse qui me fit résister aux prétendus sages dont les conseils, fondés sur des espérances chimériques, me poursuivirent maintes fois. Les deux publications qui, m’ont valu des condamnations judiciaires m’exposèrent à me ! voir abandonné de beaucoup de mes amis politiques. J’en|
courus le risque. L’approbation des masses me resta fidèle, et les amis revinrent*.
Je liens à ce qu'on sache bien qn’à aucune époque de ma vie de chansonnier je ne donnai droit à personne de me dire : Fais ou ne fais pas ceci; va ou ne va pas jusque-là. Quand je sacrifiai le modique emploi que je ne devais qu’à M. Arnault, et qui était alors ma seule ressource, des hommes pour qui j’ai conservé une reconnaissance profonde me firent des offres avantageuses que j’eusse pu accepter sans rougir; mais ils avaient une position politique trop influente pour qu’elle ne m'eût pas gêné quelquefois. Mon humeur indépendante résista aux séductions de l’amitié. Aussi étais-je surpris et affligé lorsqu'on me disait le pensionné de tel ou tel, de Pierre ou de Paul, de Jacques ou de Philippe. Si cela eût été, je n'en aurais pas fait mjstèrc. C’est parce que je sais quel pouvoir la reconnaissance exerce sur moi que j’ai craint de contracter de semblables obligations, même envers les hommes que j’estime le plus
H en est un q.u* mes lecteurs auront nommé d’abord : M. Laffitte. Peut-être ses instances eussent-elles fini par triompher de mes refus, si des malheurs dont la France entière a gémi n’étaient venus mettre un terme à l’infati-
* Par nn rapprochement singulier dont je m'honore, ce» don* condamnation* n>« rcuuirvrU m prison * M. Cauchois-Lemaire, es-proserit, écrirait» encore plu» intempestif que moi, c’cst-à-diic plu» coura.rn(| et par conséquent aussi plu» abandonne do* un» et plut maltraité autres.
»♦ j>dj cependant ri -en un service pécuniaire à cette, époque. Lorsque j’éuis à la Force, en 1823 , une souscription Int ouverte» pour p»>er mon amende et 1rs frais de justice. Malgré tous 1rs ell'orls de mes jeunes anus de la Société Ains-roi, te Ciel t’siobhs, la souscription ne fut pas remplie entièrement, grâce aui mêmes personnes qui avaient empêché la réélection de Manuel en 1821. Je n’ai point su quelle somme il manquait ; «nais je n’ai pu ignorer que l’un de nos plus recommandable» cilojrns, M. Bérar.l, cher qui la souscription cuit ouverte, m'acquitta envers le fisc. Ce service, su reste, doit me sembler de peu d’importance, comparé à ceux de tout genre que m'« rendus l’amilié de M. Bèrard. . . i
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(jablô générosité de ce grand et vertueux citoyen, le seul homme de notre temps qui ait su rendre la richesse populaire.
La Révolution de juillet a aussi voulu faire ma fortune : je l’ai traitée comme une puissance qui peut avoir des caprices auxquels il faut être en mesure de résister. Tous • . ou presque tous mes amis ont passé au ministère : j’en ai même encore un ou deux qui restent suspendus à ce mât de cocagne. Je me plais à croire qu’ils y sont accrochés par la basque , malgré les efforts qu’ils font pour descendre. J’aurais donc pu avoir ma part à la distribution des emplois. Malheureusement je n'ai pas l’amour des sinécures, et tout travail obligé m’est devenu insupportable , hors peut-être encore celui d’expéditionnaire. Des médisants ont prétendu que je faisais de la vertu. Fi donc ! je faisais de la paresse.
Ce défaut m’a tenu lieu de bien des qualités; aussi je. le recommande à beaucoup de nos honnêtes gens. Il expose pourtant A de singuliers reproches. C’est à cette paresse si douce que des censeurs rigides ont attribué l’éloignement où je me suis tenu de ceux de mes honorahles amis qui ont eu le malheur d’arriver au pouvoir. Faisant trop d’honneur A ce qu’ils veulent bien appeler ma bonne tête, et oubliant trop combien il y a loin du simple bon sens à la science dos grandes affaires, ces censeurs prétendent que mes conseils eussent éclairé plus d’un ministre. A les en croire, tapi derrière le fauteuil de velours de nos hommes d’Élat, j’aurais conjuré les vents, dissipé les orages, et fait nager la France dans un océan de délices; nous aurions tous de la liberté à revendre ou plutôt à donner, car nous n’en savons pas bien encore le prix. Eh! messieurs mes deux ou trois amis, qui prenez un chansonnier pour un magicien, on ne vous a doue pas dit que le pouvoir est une cloche qui empêche ceux qui la mettent en branle d’entendre aucun autre son? Sans doute des ministres consultent quelquefois ceux qu’ils ont sous la main': consulter est un moyen de parler de soi qu’on néglige rarement. Mais il *ne suffirait
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pas de consulter de bonne foi des gens qui conseilleraient de même; il faudrait encore exécuter : ceci est la part du caractère. Les intentions les plus pures, le patriotisme le plus éclairé, ne le donnent pas toujours. Qui n’a vu de hauts personnages quitter un donneur d’avis avec une pensée courageuse, et, l’instant d’après, revenir vers lui, de je ne sais quel lieu de fascination, avec l’embarras d'un démenti donné aux résolutions les plus sages! Oh l disent-ils, noui n'y serons plusrepris! quelle galère ! Le plus honteux ajoute: Je voudrais bien vous voir A ma place. Quaud un ministre dit cela, soyez sûr qu’il n’a plus la tête à lui. Cependant il en est un, mais un seul, qui , sans avoir perdu la tête., a répété souvent ce mot de la meilleure foi du monde ; aussi ne l’adressait-il jamais à un ami.
Je n’ai connu qu’un homme dont il ne m’eût pas été possible de m’éloigner, s’il fût arrivé au pouvoir. Avec son imperturbable bon sens , plus il était propre à donner de sages conseils, plus sa modestie lui faisait rechercher ceux des gens dont il avait épiouvé la raison. Les déterminations une fois prises, il les suivait avec fermeté et sans jactance. S'il en avait reçu l'inspiration d’un autre, ce qui était rare, il n’oubliait point de lui en faire honneur. Cet homme, c’était Manuel, à qui la France doit encore un tombeau.
Sous le ministère emmiellé de M. de Martigoac, lorsque, fatigués d’une lutte si longue contre la légitimité, plusieurs de nos chefs politiques travaillaient A la fameuse fusion, un d’eux s’écria : « Sommes-nous heureux que celui-là soit mort! * C’est un éloge funèbre qui dit tout ce que Manuel vivant n’eût pas fait, A cette époque de promesses hypocrites et de concessions funestes.
Moi , je puis dire ce qu’il aurait fait pendant les Trois- Journées. La rue d’Artois, l’Uôtel-de- Ville et les barricades l’auraient vu tour à tour, délibérant ici, se battant là ; mais les barricades d’abord, car son courage de vieux soldat s’y fût trouvé plus A l'aise au milieu de tout le brave peuple de Paris. Oui il eût travaille au berceau de notre révolu-
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tion. Certes, on n’eût pas eu à dire de lui ce qu’on a répété do plusieurs, qu’ils sont comme des greffiers de mairie qui se croiraient les pères des enfants dont ils n’ont que dressé l’acte de naissance.
Il est vraisemblable que Manuel eût été forcé d accepter une part aux affaires du nouveau gouvernement. Je l’aurais suivi, les yeux fermés, par tous les chemins qu’il lui eût fallu prendre pour revenir bientôt saus doute au modeste asile que nous partagions. Patriote avant tout, il fût rentré dans la vie privée sans ‘humeur, sans arrière-pensée; à l’heure qu’il est, de l’opposition probablement encore, mais sans haine de personnes, car la force donne de l’indulgence, mais sans désespérer du pays, parce qu’il avait foi dans le peuple.
Le bonheur de la France le préoccupait sans cesse; eût-il vu accomplir ce bonheur par d’autres que lui, sa joie n’en eût pas été moins grande. Je n’ai jamais rencontre d’homme moins ambitieux, même de célébrité. I.a simplicité de ses mœurs lui faisait chérir la vio des champs. Dès qu’il eût été sûr que la France n’avait plus besoin de lui, je l’entends s’écrier . Allons vivre à la campagnol
Ses amis politiques ne l’ont pas toujours bien apprécié; mais, survenait-il quelque embarras, quelque danger, tous s’empressaient de recourir à sa raison impet turbable , à son inébranlable courage. Son talent ressemblait à leur amitié. C’est dans les moments de crise qu’il en avait toute la plénitude , et que bien des faiseurs de phrases , qu’on appelle orateurs, baissaient la tète devant lui.
Tel fut l’homme que je n’aurais pas quitté, eût-il dû vieillir dans une position éminente. Loiu de lui la pensée de m’affubler d’aucun titre, d’aucun emploi! car il respectait mes goûts. C’est comme simple volontaire qu’il eût voulu me garder à ses côtes sur le champ de bataille du pouvoir. Et moi, restant auprès de lui, je lui aurais du moins fait gagner le temps que lui eussent pris, chaque jour, les visites qu’il n’eût pas manqué de me faire, si je m’étais
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obstiné à vivre dans notre paisible retraite. Aux sentiments les plus élevés s’unissaient, dans son cœur, les affections les plus douces; il n’était pas moius tendre ami que citoyen dévoué.
Ces derniers mots suffiront pour justifier cette digression, qui d’ailleurs ne peut déplaire aux vrais pitriotes. ils n’ont jamais plus regretté Manuel que depuis la Révolution de juillet , en dépit de quelques gens qui peut-être répètent tout bas : « Sommes-nous heureux que celui-là soit mort ! »
Il est temps de jeter un coup d’œil général sur mes chansons. Je le confesse d’abord : je conçois les reproches que plusieurs ont dé m’attirer de la part des esprits austères, peu disposés à pardonner quelque chose, même à un livre qui n'a pas la prétention de servir à l’éducation des demoiselles. Je dirai seulement, sinon comme défense, au moins comme excuse, que ces chausons, folles inspirations de la jeunesse et de ses retours , ont été des compagnes fort utiles données aux graves refrains .et aux couplets politiques. Sans leur assistance , je suis tenté de croire que ceux-ci auraient bien pu n’aller ni aussi loin, ni aussi bas, ni môme aussi haut, ce dernier mot dût-il scandaliser les vertus de salon.
Quelques-unes de mes chansons ont été traitées d’impies, les pauvrettes! par JUM. les procureurs du roi , avocats généraux et leurs substituts, qui sont tous gens très-religieux à l'audience. Je ne puis, à cet égard, que répéter ce qu’on a dit cent fois: quand, de nos jours, la religion se fait instrument politique, elle s'expose à voir méconnaître son caractère sacré ; les plus tolérants deviennent intolérants pour elle ; les croyants, qui croient autre chose que ce qu’elle enseigne , vont quelquefois , par représailles . l’attaquer jusque dans son sanctuaire. Moi, qui suis de ces croyants, je n’ai jamais été jusque-là : je me suis contente de faire rire de la livrée du catholicisme. Est-ce de l’Impiété ?
Lutin, grand nombre de mes chansons ne sont que de>
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inspirations de sentiments intimes ou des caprices d’un esprit vagabond; ce sont là nies filles chéries; voilà tout le bien que j’en veux dire au public. Je ferai seulement observer eucore qu’en jetant une grande variété dans mes recueils , celles-ci ont dû n’ôtre pas inutiles non plus au succès des chansons politiques.
, Quant à ces dernières, à n’en croire même que les adversaires les plus prononcés de l’opinion que j’ai défendue pendant quinze ans, elles ont exercé une puissante influence sur les masses, seut levier qui, désormais, rende les grandes choses possibles. L’honneur de nette influence, je ne l’ai pas réclamé au moment de la victoire : mon courage s’évanouit aux cris qu’elle fait pousser. Je crois, en vérité, que la défaite va mieux à mou humeur. Aujourd’hui j’ose donc réclamer ma part dans le triomphe de 1830. triomphe que je n’ai su chanter que longtemps après et devant les sépultures des citoyens à qui nous le devons. Ma chanson d’adieu se ressent de ce mouvement de vanité politique, produit sans doute par les flatteries qu’une jeunesse enthousiaste m’a prodiguées et me prodigue encore. Prévoyant que bientôt l’oubli enveloppera les chansons et le chansonnier , c’est une épitaphe que j’ai voulu préparer pour notre tombe commune.
Malgré tout ce que l'amitié a pu faire; malgré les plus illustres suffrages et l’indulgence des interprètes de l’opinion publique, j'ai toujours pense que mon nom ne me survivrait pas, et que ma réputation déclinerait d’autant plus vite j qu’elle a été nécessairement fort exagérée par l’intérêt do parti qui s'y est attaché. On a jugé de sa durée par son étendue; j’ai fait, moi, un calcul différent, qui se réalisera de mon vivant, pour peu que je vieillisse. A quoi bon nous révéler cela? diront quelques aveugles. Pour que mon pays me sache gré, surtout, de m’étre livré au genre de poésie que j’ai jugé le plus utile à la cause de la liberté, lorsque je pouvais tenter des succès plus solides daus les geures que j’avais cultives d’abord, '
PRÉFACE
Sur le point de faire ici tin examen consciencieux de cca productions fugitives, le courage m’a manqué, je l'avoue. J’ai craiut qu’on ne me prit au mot lorsque je relèverait! des fautes, et qu’on ne fît la sourde oreille aux cajoleries paternelles que je pourrais adresser à mes chansons; car encore faut-il bien que tout n’en soit pas mauvais. Puis, malgré la politesse des critiques à mon égard, ce serait peut-être pousser la reconnaissance trop loin que de faire ainsi leur besogne. Je le répète, le courage m’a manqué. On n’incendie guere sa maison que lorsqu’elle est assurée. Ce que je puis dire d’avance à ceux qui se font les exécuteurs des hautes œuvres littéraires , c’est que je suis complètement innocent des éloges exagérés qui m’ont été prodigues; que jamais il ne m’est arrivé de solliciter le moindre article de bienveillance; que j’ai été même jusqu’à prier des amis journalistes d’ètre pour moi plus sobres de louanges; que, loin de vouloir ajouter le bruit au bruit, j'ai évité les ovations qui l’augmentent; me suis tenu loin des coteries qui le propagent; et que j’ai fermé ma porta aux commis voyageurs de la Renommée, ces gcn9 qui se chargent de colporter votre réputation en province et jusque dans l’étranger, dont les Revues et les Magasins leur sont ouverts.
Je n’ai jamais poussé mes prétentions plus haut que ne l’indique le litre de chansonnier, sentant bien qu’en mettant toute ma gloire à conserver ce titre auquel je dois tant, je lui devrais encore d’être jugé avec plus d'indulgence, placé par là loin et au-dessous de toutes les grandes illustrations de mon siècle. Le besoin de cette position spéciale a toujours dû m’ôter l’idée de courir après les dignités littéraires les plus enviées et les plus dignes de l’être, quelque instance que m’aient faite des amis influents et dévoués, qui, dans la poursuite de ces dignités , me promettaient , je suis honteux de le dire, plus de bonheur que n’en a eu Benjamin Constant, grand publiciste, graud orateur, grand écrivain. Pauvre Constant 1