‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 12 sur 315 · LA MÈRE AVEUGLE · texte numérisé non relu

LA MÈRE AVEUGLE

Ain : I nc ülL1 est un oiscaiu

Tout en filant votre lin*

Ecoutez-moi bien, ma fille.

Déjà votre cœur sautille Au nom du jeune Colin.

Craignez ce qu’il vous conseille :

Quoique aveugle je surveille;

A tout je prête l’oreille,

Et vous soupirez tout bas.

Votre Colin n’est qu’un traître,.,

Mais vous ouvrez la fenêtre;

Lise, vous ne filez pas. (bis.)

Il fait trop chaud, dites- vous;

Mais, par la fenttre ouverte,

À Colin toujours alerte Ne faites pas les yeux doux.

Vous vous plaignez que je gronde »

Hélas ! je fus jeune et blonde.

Je sais combien dans ce monde On peut faire de faux pas.

L’amour trop souvent remporte...

Mais quelqu un est à la porte ;

Lise, vous ne fiiez pas.

C’est le vent, me dites-vous,

Qui fait crier la serrure;

Et mon vieux chien qui murmure Gagne à cela de bons coups.

Oui, fiez-vous à mon âge,

Colin deviendra volage;

Craignez, si vous u’ètes sage,

De pleurer sur vos appas...

Grand Dieu! que viens-je d'entendre?

C’est le bruit d’un baiser tendre;

Lise, vous ne filez pas.

C’est votre oiseau, dites-vous,

C’est votre oiseau qui vous baise; Dites-lui donc qu’il se taise Et redoute mon courroux.

Ah! d'une folle conduite Le déshomieur est la suite;

L’amant tjui vous a séduite Eu rit meme entre vos bras.

Que la prudence vous sauve...

Mais vous allez vers l’alcôve ;

Lise, vous ne filez pas.

C’est pour dormir, dites-vous.

Quoi! me jouer de la sorte!

Colin est ici ; qu’il sorte Ou devienne votre époux.

En attendant qu’à l’eglise Le séducteur vous conduise, Filez, filez, filez, Lise,

Près de moi, sans faire un pas.

En vain votre lin s’embrouille ; Avec une autre quenouille,

Non, vous ne filerez pas. (bis.)

Page 1