LA MÈRE AVEUGLE
Ain : I nc ülL1 est un oiscaiu
Tout en filant votre lin*
Ecoutez-moi bien, ma fille.
Déjà votre cœur sautille Au nom du jeune Colin.
Craignez ce qu’il vous conseille :
Quoique aveugle je surveille;
A tout je prête l’oreille,
Et vous soupirez tout bas.
Votre Colin n’est qu’un traître,.,
Mais vous ouvrez la fenêtre;
Lise, vous ne filez pas. (bis.)
Il fait trop chaud, dites- vous;
Mais, par la fenttre ouverte,
À Colin toujours alerte Ne faites pas les yeux doux.
Vous vous plaignez que je gronde »
Hélas ! je fus jeune et blonde.
Je sais combien dans ce monde On peut faire de faux pas.
L’amour trop souvent remporte...
Mais quelqu un est à la porte ;
Lise, vous ne fiiez pas.
C’est le vent, me dites-vous,
Qui fait crier la serrure;
Et mon vieux chien qui murmure Gagne à cela de bons coups.
Oui, fiez-vous à mon âge,
Colin deviendra volage;
Craignez, si vous u’ètes sage,
De pleurer sur vos appas...
Grand Dieu! que viens-je d'entendre?
C’est le bruit d’un baiser tendre;
Lise, vous ne filez pas.
C’est votre oiseau, dites-vous,
C’est votre oiseau qui vous baise; Dites-lui donc qu’il se taise Et redoute mon courroux.
Ah! d'une folle conduite Le déshomieur est la suite;
L’amant tjui vous a séduite Eu rit meme entre vos bras.
Que la prudence vous sauve...
Mais vous allez vers l’alcôve ;
Lise, vous ne filez pas.
C’est pour dormir, dites-vous.
Quoi! me jouer de la sorte!
Colin est ici ; qu’il sorte Ou devienne votre époux.
En attendant qu’à l’eglise Le séducteur vous conduise, Filez, filez, filez, Lise,
Près de moi, sans faire un pas.
En vain votre lin s’embrouille ; Avec une autre quenouille,
Non, vous ne filerez pas. (bis.)