L’AVEUGLE DE BAGNOLE T
Ain : Ronde de la Ferme et le Château,
A Bagnolet i’ai vu naguère Certain vieillard toujours content ; Aveugle il revint de la guerre,
Et pauvre il mendie en chantant, (bis.) Sur sa vielle il redit sans cesse :
« Aux gens de plaisir je m’adresse;
* On assure que plusieurs chantres de paroisse font partie des chœurs de nos théâtres.
« Ah! donnez, donnez, s’il vous plaît! » (Et de lui donner l’on s’empresse.)
« Ah! donnez, donnez, s’il vous plaît,
« A l’aveugle de Bagnolet. u
Il a pour guide une fillette.
Et, près d’aimables étourdis,
A la contredanse il répète :
« Comme vous j’ai dansé jadis.
« Vous qui pressez avec ivresse « La main de plus d’une maîtresse,
« Ah! donnez, donnez, s’il vous plaît;
# J’ai bien employé ma jeunesse.
« Ah ! donnez, donnez, s'il vous plaît, a A l’aveugle de Bagnolet. »
Il dit aux dames de la ville Qu’il trouve à de gais rendez-vous ;
« Avec Babet, dans cet asile,
« Combien j’ai ri de son époux!
« Belles, qu’une ombre épaisse attire,
« Là, contre l’hymen tout conspire.
« Ahl donnez, donnez, s’il vous plaît;
« Les maris me font toujours rire.
« Ah ! donnez, donnez, s’il vous plaît, a A l’aveugle de Bagnolet. n
S’il parle à de certaines filles Dont il fit longtemps ses amours :
« Ah ! leur dit-il, toujours gentilles,
« Aimez bien et plaisez toujours, a Pour toucher la prude inhumaine, a Trop souvent ma prière est vaine.
« Ah! donnez, donnez, s’il vous plaît;
« Refuser vous fait tant de peine !
« Ah! donnez, donnez, s’il vous plaît,
« A l’aveugle de Bagnolet. »
Mais aux buveurs sous la tonnelle 11 dit : « Songez bien qu’ici-bas, u Même quand la vendange est belle,
« Le pauvre ne vendange pas.
« Bons vivants que met en goguette « Le vin d’une vieille feuillette,
« Ah ! donnez, donnez, s’il vous plaît ;
« Je me régale de piquette.
" Ah ! donnez, donnez, s’il vous plaît,
« A l’aveugle de Bagnolet. »
I) autres buveurs, francs militaires, Chantent l’amour à pleine voix,
Ou gaîment rapprochent leurs verres Au souvenir de leurs exploits.
11 leur dit, ému jusqu’aux larmes :
" De 1 amitié goûtez les charmes.
« Ah ! donnez, donnez, s’il vous plaît ;
<■ Comme vous j’ai porté les armes !
« Ah ! donnez, donnez, s’il vous plaît,
« A l’aveugle de Bagnolet. »
Faut-il enfin que je le dise?
On le voit, pour son intérêt,
Moins à la porte de l'église Qu’à la porte du cabaret, (dis.)
Pour ceux que le plaisir couronne, J’entends sa vielle qui résonne :
« Ah ! donnez, donnez, s’il vous plaît ;
« Le plaisir rend l’âme si bonne !
« Ah ! donnez, donnez, s’il vous plaît,
» A l’aveugle de Bagnolet. i*
CÜANSONS