‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 124 sur 315 · LE PRINCE DE NAVARRE · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE NAVARRE

MATHURIN BRDNEAU *.

Air du Ballet des Pierrots.

Quoi î tn veux régner sur la France i Es-tu fou, pauvre Mathurin ?

N’échange point ton indigence Contre tout l’or d’un souverain.

Sur un trône l’ennui se carre,

Fier d’être encensé par des sots.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Des leçons que le malheur donne Tu n’as donc pas tiré de fruit?

Réclamerais-tu la couronne,

Si le malheur t’avait instruit?

Cette ambition n’est point rare,

Même ailleurs que chez les héros.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Dans le rang que toi-même espères, Trompés par aes flatteurs câlins,

Que de rois se disent les pères • D’çnfants cfui se croient orphelins!

Régner, c’est n’être point avare De lois, de rubans, de grands mots.

Tout 1«* monde *e rappelle que Mathurin Pruneau pour éira fila d'un aabotier, affectait de ae donner lé riUNct ne Metnnc. .

reconnu titre de

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Quand tu combattrais avec gloire, Sache que plus d’un conquérant Se voit arracher la victoire Par un général ignorant.

Un Anglais, aidé d'un Tartare,

Foule aux pieds de nobles drapeaux.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Combien d’agents illégitimes Servent la légitimité!

Troj) tard sur les malheurs de Nîmes On éclairerait ta bonté.

Le roi qu’au pont Neuf on répare * Parle en vain pour les huguenots.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

I)e tes maux miel serait le terme,

Si quelques alliés sans foi Prétendaient que tu tiens à ferme Le trône que tu te dis à toi ?

I)e jour en jour leur ligue avare Augmenterait le prii des baux.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Enfin pourrais-tu sans scrupule.

Graissant la patte au Saint-Esprit, Faire un concordat ridicule Avec ton père en Jésus-Christ?

* On •'occupait alor» Je relwer 1* *tâtue Ar Henri IV.

Pour lui redorer sa tiare, •

Tu nous surchargerais d’impôts.

Croyez-moi, prince de Navarre, I'riuce, faites-uous des sabots.

D’ailleurs tou métier nous arrange :

Nos amis nous ont fait capot.

C’est pour que l’étranger la mange, (Jue nous mettons la poule au pot.

De nos souliers même on s’empare Après avoir pris nos manteaux.

Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.

Page 1