‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 135 sur 315 · LA NATURE · texte numérisé non relu

LA NATURE

Ain : Ah ! que de chagrin* dan» la vie 1

Combien la nature est féconde En plaisirs ainsi qu’en douleurs !

De noirs fléaux couvrent le monde De débris, de sang et de pleurs, (bis.) Mais à ses pieds la beauté nous attire;

Mais des raisins le nectar est foulé.

Coulez, bons vins; femmes, daignez sourire, ), ,

Et l’univers est consolé.

Chaque pays eut son déluge ;

Hélas ! peut-être jour et nuit Une arclie est encor le refuge Des mortels que l’onde poursuit.

Sitôt qu’Iris brille sur leur navire,

Et que vers eux la colombe a volé,

Coulez, bons vins; femmes, daignez sourire, Et l’univers est consolé.

Quel autre champ de funérailles!

L’Etna s’agite, et, furieux,

Semble, du fond de ses entrailles,

Vomir l’enfer contre les cieiu.

Mais pour renaître enfin sa rage expire :

Il se rasseoit sur le monde ébranlé.

Coulez, bons vins ; femmes, daignez sourire,

Et l’univers est consolé.

Dieu ! que de souffrances nouvelles !

L’affreux vautour de l’Orient,

La peste, a déployé ses ailes Sur l’homme qui tombe en fuyant.

Le ciel s’apaise, et la pitié respire;

On tend la main au malade exilé.

Coulez, bons vins; femmes, daignez sourire, Et l’univers est consolé.

Mars enfin comble nos misères ;

Des rois nous payons les défis.

Humide encor du sang des pères,

La terre boit le sang des fils.

Mais l’homme aussi se lasse de détruire,

Et la nature à son cœur a parlé.

Coulez, bons vins; femmes, daignez sourire, Et l’univers est consolé.

Ah! loin d’accuser la nature,

Du printemps chantons le retour ;

Des roses de sa chevelure Parfumons la joie et l’amour, (bis.} Malgré l’horreur que l’esclavage inspire, '

Sur les débris d’un empire écroulé,

Coulez, bons vins; femmes, daignez sourire, J Et l’univers est consolé. S ‘

LES CARTES ou L’HOROSCOPE

Am de la Prlilr Gouerrnante.

Tandis qu’en faisant sa prière Au coin du feu maman s’endort,

Peu faite pour être ouvrière,

Dans les cartes cherchons mon sort.

Maman dirait : Craignez les bagatelles !

Le diable est tin ; tremblez, Suson !

Mais j’ai seize ans : les cartes seront belles.)

Les cartes ont. toujours raison, {(bis.)

Toujours raison, toujours raison. )

Amour, enfant ou mariage,

Sachons ce qui m’attend ici.

J’ai certain amant qui voyage :

Valet de cœur? Bon! le voici.

Pour une veuve, aux pleurs il me condamne.

L’ingrat l’épouse, ô trahison!

J’entre au couvent: mou confesseur se damne. Les cartes ont toujours raison,

Toujours raison, toujours raison.-

Au parloir, témoin de mes larmes.

Le roi de carreau vient souvent.

C’est rui prince épris de mes charmes ;

11 m’enlève de mon couvent.

Par des cadeaux son altesse m’entraîne Jusqu’à sa petite maison.

La nuit survient, et je suis presque reine. Les caries ont toujours raison,

Toujours raison, toujours raison.

Je suis le prince à la campagne :

On yient lui parler contre moi.

En secret un nrun m’accompagne ;

Tout se découvre : adieu mon roi !

Un de perdu, j’en vois arriver douze ;

J’enflamme un campagnard grison :

Je suis cruelle, et celui-là m’épouse.

Les cartes ont toujours raison,

Toujours raison, toujours raison.

En ménage d’une semaine,

Bans un cliar je brille à Paris.

C’est le roi de trèfle qui mène ;

Mon mari gronde, et je m’en ris.

Bieu ! l’amour fuit à l’aspect d’une vieille î En ai-je passé la saison?

Ehînon, vraiment, c’est maman qui s’éveille.)

Les cartes ont toujours raison, .5 'bis\ Toujours raison, toujours raison. )

Page 1