‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 137 sur 315 · ROSETTE · texte numérisé non relu

ROSETTE

MUSIQUE 1)E M. DE BEXÜPLAN.

Sans respect pour votre printemps.

Quoi 1 vous me parlez de tendresse,

Quand sous le poids de quarante ans Je vois succomber ma jeunesse I

* 1. 'automne de IfilB fut d’une beauté remarquable : beaucoup d'arbres fruitier» refleurirent, même dau» le nord de 1% France

Je n’eus besoin pour m’enflammer, Jadis, que d’une humble frisette.

Ah ! que ne puis-je vous aimer Comme autrefois j’aimais Rosette !

Votre équipage, tous les jours,

Vous montre en parure brillante.

Rosette, sous de frais atours,

Courait à pied, leste et riante.

Partout ses yeux, pour m’alarmer, Provoquaient l’œillade indiscrète.

Ah ! que ne puis-je vous aimer Comme autrefois j’aimais Rosette 1

Dans le satin de ce boudoir,

Vous souriez à mille glaces.

Rosette n’avait qu’un miroir;

Je le croyais celui des Grâces.

Point de rideaux pour s’enfermer î L’aurore égayait sa couchette.

Ah ! que ne puis-je vous aimer Comme autrefois j’aimais Rosette !

Votre esprit, qui brille éclairé, Inspirerait plus d’une lyre.

Sans honte je vous l’avoùrai :

Rosette à peine savait lire.

Ne pouvait-elle s’exprimer,

L'amour lui servait d’interprète.

Ah ! que ne puis-je vous aimer Comme autrefois j’aimais Rosette?

Elle avait moins d’attraits que vous; Même elle avait un cœur moins tendre.

Oui, ses yeux se tournaient moins doux Vers l’amant heureux de l’eutendre.

>gi

Mais elle avait, pour me charmer, Ma jeunesse que je regrette.

Ah ! que ne puis-je vous aimer Comme autrefois j’aimais Rosette !

Page 1