‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 14 sur 315 · LES MŒURS DU TEMPS · texte numérisé non relu

LES MŒURS DU TEMPS

Am Il est toujours le même.

Je sais fort bien que sur moi l’on babille, Que soi-disant J'ai le ton trop plaisant;

Mais cet air amusant Sied si bien à Camille !

Philosophe par goût,

Et toujours et de tout Je ris, je ris, tant je suis bonne fille.

pour le théâtre ayant quitté l’aiguille,

A mon début,

Craignant quelque rebut,

Je me livre en tribut,

Au censeur Mascarille,

Et ce cuistre insolent Dénigre mon talent :

Mais moi j'en ris, tant je suis bonne fille.

TJn sénateur, qui toujours apostille,

Dit : Je voudrais Servir tes intérêts.

Lors j’essaye à grands frais D’échauffer le vieux drille.

Quoi qu’il fit espérer,

Je n’en pus rien tirer;

Mais j’en ai ri, tant je sms bonne fille.

Un chambellan qui de clinquant pétille, Après qu’un jour Il m’eut fait voir la cour,

Enrichit mon amour

De ce jonc qui scintille. *»

J’en fais voir le chaton :

C’est du faux, me dit-on;

Et moi j’en ris, tant je suis bonne fille.

Un bel esprit, beau de l’esprit qu’il pille. Grâce à moi fut Nommé de l’Institut.

Quand des voix qu’il me dut Vient l’éclat dont il brille,

Avec moi que de fois Il a manqué de voix !

Mais j’en ai ri, tant je suis bonne fille.

Un lycéen, qui sort de sa coquille Tout triomphant,

Dans ses bras m’étouffant,

De me faire un enfant Me proteste qu’il grille;

Et le petit morveux,

Au lieu d’un, m’en fait deux;

Mais moi j’en ris, tant je suis bonne fille.

Trois auditeurs me disent : Viens, Camille, Soupe avec nous.

Que nous fassions les fous.

J’étais seule pour tous :

L’un d’eux me déshabille;

Puis le vin met dedans Nos petits intendants ;

Et moi j’en ris, tant je suis bonne fille.

Telle est ma vie; et sur mainte vétille J’aurais ici

Pu glisser, Dieu merci !

Dans ses jupons aussi Je sais qu’on s’entortille;

Mais les restrictions,

Mais les précautions,

Moi je m’en ris, tant je suis bonne fille.

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