‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 15 sur 315 · AINSI SOIT-IL · texte numérisé non relu

AINSI SOIT-IL

Am : Alléluia.

Je suis devin, mes chers amis :

L’avenir qui nous est promis Se découvre à mon œil subtil.

Ainsi soit-il!

Plus de poète adulateur;

Le puissant craindra le flatteur;

Nul courtisan ne sera vil.

Ainsi soit-il !

Plus d’usuriers, plus de joueurs,

De petits banquiers grands seigneurs, Et pas un commis incivil.

Ainsi soit-il!

L’amitié, charme de nos jours,

Ne sera plus un froid discours Dont l’infortune rompt le fil.

Ainsi soit-il!

La fille, novice à quinze ans,

A dix-huit avec ses amants ' N’eiercera que son babil.

Ainsi soit-il !

Femme fuira les vains atours,

Et son mari pendant huit jours Pourra s’absenter sans péril.

Ainsi soit-il!

L’on montrera dans chaque écrit Plus de génie et moins d’esprit, Laissaut tout jargon puéril.

Ainsi soit-il I

L’auteur aura plus de fierté, L’acteur moins de fatuité;

Le critique sera civil.

Ainsi soit-il!

On rira des erreurs des grands,

On chansonnera leurs agents,

Sans voir arriver l’alguazil.

Ainsi soit-il!

En France enfin renaît le goût;

La justice règne partout,

Et la vérité sort d’exil.

Ainsi soit-il!

Or, mes amis, bénissons Dieu,

Qui met chaque chose en son lieu ; Celles-ci sont pour l’an trois mil.

Ainsi soit-il!

DK BERANGER

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