‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 144 sur 315 · LES ÉTOILES QUI FILENT · texte numérisé non relu

LES ÉTOILES QUI FILENT

Janvier 1820.

Am du Ballet de* PiciroU.

Berger, tu dis que notre étoile Règle nos jours et brille aux deux.

Oui, mon enfant; mais dans son voile v La nuit la dérobe à nos yeux,

— Berger, sur cet azur tranquille De lire on te croit le secret :

Quelle est cette étoile qui file,

Qui file, file, et disparait?

IiE BÉRANGER.

— Mon enfant, un mortel expire; •

Son étoile tombe à l’instant.

Entre amis que la joie inspire, Celui-ci buvait en chantant.

Heureux, il s’endort immobile Auprès du vin qu’il célébrait.

— Encore une etoile qui file.

Qui file, file, et disparait.

— Mon enfant, qu’elle est pure et belle ! C est celle d’un objet chaînant :

Filk heureuse, amante fflïHe,

On l’accorde au plus tendre amant.

Hes fleurs ceignent son front nubile, - Et de l’hymen l’autel est prêt...

— Encore une étoile qui nie, • - -

Qui file, file, et disparait.

--Mon fils, c’est l’étoile rapide I)’un très-grand seigneur nouveau-né.

Le berceau qu’il a laissé vide D’or et de pourpre était orné.

O es poisons qu’un flatteur distille C’était à qui le nourrirait...

— Ecore une étoile qui file,

Qui file, file, et disparaît.

— Mon enfant, quel éclair sinistre!

C'était l’astre d’un favori *

Qui se croyait un grand ministre Quand de nos maux il avait ri.

Ceux qui servaient ce dieu fragile Ont déjà caché son portrait...

— Encore une étoile qui file, *

Qui file, file, et disparait.

— Mon fils, quels pleurs seront les nôtres! D’un riche nous perdons l'appui ; L’indigence glane chez d’autres,

Mais elle moissonnait chez lui.

Ce soir même, sùr d’un asile,

A son toit le pauvre accourait...

— Encore une étoile qui file,

Qui file, file, et disparait.

— C’est celle d’un puissant monarque!...

Va, mon fils, garde ta candeur.

Et que ton étoile ne marque Par l’éclat ni par la grandeur.

Si tu brillais sans être utile,

A ton dernier jour on dirait :

Ce n’est qu’une étoile qui file,

Oui file, file, et disparait.

L’ENRIlUMÉ

Page 1