LES ÉTOILES QUI FILENT
Janvier 1820.
Am du Ballet de* PiciroU.
Berger, tu dis que notre étoile Règle nos jours et brille aux deux.
Oui, mon enfant; mais dans son voile v La nuit la dérobe à nos yeux,
— Berger, sur cet azur tranquille De lire on te croit le secret :
Quelle est cette étoile qui file,
Qui file, file, et disparait?
IiE BÉRANGER.
— Mon enfant, un mortel expire; •
Son étoile tombe à l’instant.
Entre amis que la joie inspire, Celui-ci buvait en chantant.
Heureux, il s’endort immobile Auprès du vin qu’il célébrait.
— Encore une etoile qui file.
Qui file, file, et disparait.
— Mon enfant, qu’elle est pure et belle ! C est celle d’un objet chaînant :
Filk heureuse, amante fflïHe,
On l’accorde au plus tendre amant.
Hes fleurs ceignent son front nubile, - Et de l’hymen l’autel est prêt...
— Encore une étoile qui nie, • - -
Qui file, file, et disparait.
--Mon fils, c’est l’étoile rapide I)’un très-grand seigneur nouveau-né.
Le berceau qu’il a laissé vide D’or et de pourpre était orné.
O es poisons qu’un flatteur distille C’était à qui le nourrirait...
— Ecore une étoile qui file,
Qui file, file, et disparaît.
— Mon enfant, quel éclair sinistre!
C'était l’astre d’un favori *
Qui se croyait un grand ministre Quand de nos maux il avait ri.
Ceux qui servaient ce dieu fragile Ont déjà caché son portrait...
— Encore une étoile qui file, *
Qui file, file, et disparait.
— Mon fils, quels pleurs seront les nôtres! D’un riche nous perdons l'appui ; L’indigence glane chez d’autres,
Mais elle moissonnait chez lui.
Ce soir même, sùr d’un asile,
A son toit le pauvre accourait...
— Encore une étoile qui file,
Qui file, file, et disparait.
— C’est celle d’un puissant monarque!...
Va, mon fils, garde ta candeur.
Et que ton étoile ne marque Par l’éclat ni par la grandeur.
Si tu brillais sans être utile,
A ton dernier jour on dirait :
Ce n’est qu’une étoile qui file,
Oui file, file, et disparait.
L’ENRIlUMÉ