‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 168 sur 315 · EN FORME D’IMPROMPTU · texte numérisé non relu

EN FORME D’IMPROMPTU

A PROPOS DE COUPLETS QUI M'ü.NT ÉTÉ ENVOYÉS PENDANT MON PROCÈS.

Aih du Lullrt Je» 1 IrrruS.

On m'a dénoncé, je dénonce;

Oui, je dénonce des couplets :

La gaîté de l’auteur aunonce Qu’il peut figurer au lalais ;

On voit, à l’air dont il vous traite, Que cent fois il vous persiila.

Messieurs les juges, qu’un arrête, Qu’on arrête cet liomme-là.

des entraves ’on veut donner, nre des braves; Pourriez- vous le lui pardonner?

11 ose vanter la musette Qui dans leurs maux les consola.

Messieurs les juges, qu’on arrête, Qu’on arrête cet homme-là.

Il prodigue la flatterie A ceux qui sont persécutés ;

Il pourrait chanter la patrie ;

C’est un grand tort, tous le sentez.

Pc l’esprit qu’à ma Muse il prête Vengez-vous sur l’esprit qu'il a.

Messieurs les juges, qu’oti arrête,

Qu on arrête cet homme-là.

Il prétend rire Qu ci la presse ' 11 croit à la gl

DE DERANGEE.

ADÎEUX A LA CAMPAGNE*

Am : Huir des Lois cl des accords champêtres.

Soleil si doux au déclin de l’autonnie.

Arbres jaunis, je viens vous voir encor : N’espérons plus que la haine pardonne A mes chansons leur trop rapide essor.

l)ans cet asile, où reviendra Zéphire,

J’ai tout rêvé, même un nom glorieux.

Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire; Echos des bois, répétez mes adieux.

Comme l’oiseau, libre sous la feuillée,

Que n’ ai-je ici laissé mourir mes chants . liais de grandeur la France dépouillée Courbait son front sous le joug des méchants. Je leur lançai les traits de la satire ;

Pour mon fionlieur l’amour m'inspirait mieux. Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire*, Echo des bois, répétez mes adieux.

Déjà leur rage atteint mon indigence**;

Au tribunal ils traînent ma gaîté;

I)’un masque saint ils couvrent leur vengeance : Rougiraient-ils devant ma probité?

* Celle chanson, faite dans le mois de novembre 1821, fut copiée cl distri buée au tribun» t le jour de Li première coudamnation de 1‘auleur.

** I-orsquc le recueil de 1821 parut, cc fut le minis ère qui força les membres du conseil de l’tluiversitc d’utrr a l'auteur le uio:b uc emploi d'expédi ionnaire qu’i' oceup .it depuis douze ans Au reste, on l'avait prévenu que, s'il faisait imprimer aea nouvelles chansons, il perdrait cet emploi.

Ah î Dieu n’a point leur cœur pour me maudire : L’Intolérance est fille des faux dieux.

Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ; Echos des bois, répétez mes adieux.

Sur des tombeaux si j’évoque la Gloire,

Si j’ai prié pour d’illustres soldats.

Ai-je à prix d’or, aux pieds de la Victoire, Encouragé le meurtre des Etats?

Ce n’était point le soleil de l’Empire Qu’à son lever je chantais dans ces lieux.

Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire; Echo des bois, répétez mes adieux.

Que, dans l’espoir d’humilier ma vie,

Bellart s’amuse à mesurer mes fers ;

Même aux regards de la France asservie,

Un noir cachot peut illustrer mes vers.

A ses barreaux je suspendrai ma lyre ;

La Renommée y jettera les yeux.

Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ; Echos des bois, répétez mes adieux.

Sur ma prison vienne au moins Philomèle ! Jadis un roi causa tous ses malheurs.

Fartons : j’entends le geôlier qui m’appelle ; Adieu les champs, les eaux, les prés, les fleurs. Mes fers sont prêts : la liberté m’inspire,

Je vais chanter son hymne glorieux.

Ciel vaste et pur, daigue encor me sourire ; Echos des bois, répétez mes adieux.

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