‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 174 sur 315 · L’OMBRE D’ANACRÉON · texte numérisé non relu

L’OMBRE D’ANACRÉON

Sainte-Pélagie.

Am de la Sentinelle.

Un jeune Grec sourit à des tombeaux :

Victoire ! il dit; l’écho redit : Victoire !

O demi-dieux ! vous nos premiers flambeaux Trompez le Styx, revoyez votre gloire!

Soudain, sous un ciel enchante Une ombre apparaît et s’écrie ;

« Doux enfant de la Liberté, (bis.) a Le Plaisir veut une patrie !

a Une patrie!

« O peuple grec ! c’est moi dont les destins « Furent si doux chez tes aïeux si braves ;

« Quand il chantait l'amour dans leurs festins,

• Anacréon en chassait les esclaves.

« Jamais la tendre Volupté

i* N’approclia d’une âme flétrie.

« Doux enfant de la Liberté,

« Le Plaisir veut une patrie!

a Une patrie!

« De l’aigle encor l’aile rase les deux,

« Du rossignol les chants sont toujours tendres; « Toi, peuple grec, tes arts, tes lois, tes dieux, u Qu’en as-tu fait? qu’as-tu fait de nos cendres? a Tes fêtes passent sans gaîté « Sur une rive encor fleurie, u Doux enfant de la Liberté, a Le Plaisir veut une patrie !

a Une patrie!

« Déjà vainqueur, chante et vole au danger;

* Brise tes fers ; tu le peux si tu l’oses.

« Sur nos débris, quoi ! le vil étranger

« Dort enivré du parfum de tes roses !

« Quoi ! payer avec la beauté « Un tribut à la barbarie !

« Doux enfant de la Liberté,

« Le plaisir veut une patrie !

« Une patrie !

« C’est trop rougir aux yeux du voyageur « Qui d’Olympie évoque la mémoire.

« Frappe ! et ces bords, au gré d’un ciel vengeur, « Reverdiront d’abondance et de gloire.

« Des tyrans le sang détesté « Réchauffe une terre appauvrie.

« Doux enfant de la Liberté, a Le Plaisir veut une patrie !

« Une patrie!

i A tes voisins n’emprunte que du fer : i Tout peuple esclave est allié perfide.

« Mars ja t’armer des feux de Jupiter;

« Cher à Vénus, son étoile te guide * :

« Baechus, dieu toujours indompté,

« Remplira ta coupe tarie.

« Doux enfant de la Liberté,

« Le plaisir veut une patrie !

« Une patrie! »

Jl se rendort, le sage de Téos.

La Grèce enfin suspend ses funérailles.

Thèbes, Corinthe, Athènes, Sparte, Argos, Ivres d’espoir, exhumez vos murailles!

Vos vierges même ont répété Ces mots d’une voix attendrie :

a Doux enfant de la Liberté, (bis.)

« Le Plaisir veut une patrie !

« Une patrie! »

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