‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 184 sur 315 · LE TAILLEUR ET LA FÉE · texte numérisé non relu

LE TAILLEUR ET LA FÉE

CHANSON CHANTÉE A MES AMIS LE 19 AOUT, JOUR ANNIVERSAIRE DE MA NAISSANCE.

mi.

Air d’Anjclinc, de Wilhcn».

Dans ce Paris plein d’or et de misère,

En l’an du Christ mil sept ceut quatre-vingt,

Chez un tailleur, mon pauvre et vieux grand-père, Moi nouveau-né, sachez ce qui m advint.

Rien ne prédit la gloire d^un Orphee A mou berceau, qui n’était pas de fleurs ;

Mais mon grand-père, accourant à mes pleurs, Me trouve un jour dans les bras d’une iee ;

Et cette fée, avec de gais refrains, ((BIS \ Calmait le cri de mes premiers chagrins D

Le bon vieillard lui dit, l'âme inquiète :

« A cet enfant quel destin est promis? »

Elle répond • « Vois-le, sous ma baguette,

« Garçon d’auberge, imprimeur et commis.

„ u ri coup de foudre ajoute à mes présages : H Ton fils atteint va périr consumé;

Dieu le regarde, et l’oiseau ranime « Vole en chantant braver d’autres orages. » Et puis la fée, avec de gais refrains,

Calmait le cri de mes premiers chagrins.

« Tous les plaisirs, sylphes de la jeunesse,

« Eveilleront sa lyre au sein des nuits.

« Au toit du pauvre il répand 1 auegresse;

« A l’opulence il sauve des ennuis.

« Mais quel spectacle attriste son langage .

« Tout s'engloutit, et gloire et libeitc :

« Comme un pécheur qui rentre épouvanté,

« Il vient au port raconter leur naufrage. * Et puis la fée, avec de gais refrains, CalmaiKje cri de mes premiers chagrins.

Le vieux tailleur s’écrie : « Eh quoi ! ma 1111e « Ne m’a donné qu’un faiseur de chansons . a Mieux jour et nuit vaudrait tenir 1 aiguille « Que, faible écho, mourir en de vains sons.

* L'nulrur fui rrapr* de U fondre dims

a — Va, dit la fée, à tort tu t’en alarmes ;

<i De grands talents ont de moins beaux succès. « Ses chants légers seront chers aux Français, « Et du proscrit adouciront les larmes. #

Et puis la fée, avec de gais refrains,

Calmait le cri de mes premiers chagrins.

» , jf

Amis, hier j’étais faible et morose ;

L’aimable fée apparaît à mes yeux.

Ses doigts distraits effeuillent une rose,

Elle me dit : « Tu te vois déjà vieux.

« Tel qu’aux déserts parfois brille un mirage *, *i Aux cœurs vieillis s’offre un doux souvenir. « Pour te fêter tes amis vont s’unir : h Longtemps près d’eux revis dans un autre âge •» Et puis la fée, avec ses gais refrains, h , Comme autrefois dissipa mes chagrins. V

Page 1