‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 183 sur 315 · LES SCIENCES · texte numérisé non relu

LES SCIENCES

Am île* Mauvaises T^tcs. -

Fatigué des clartés confuses Qui m’ont égaré bien souvent,

J’allais bannir Amours et Muses, J’allais vouloir être savant.

Mais quoi ! pour une âme incertaine La science est d’un vain secours.

Gardons Lisette et La Fontaine :

Muses, restez; restez. Amours.

La nature était mon Armide,

Dans ses jardins j’errais surpris;

Mais un chimiste moins timide Règne en vainqueur sur leurs débris.

Dans son fourneau rien qu’il ne jette ; Des gaz il poursuit le concours.

Ma fée y perdrait sa baguette :

Muses, restez ; restez, Amours.

J’ai regret aux contes de vieille Quand un docteur dit qu’à sa voix Les morts lui viennent à l’oreille De la vie expliquer les lois.

De la lampe il voit la matière,

Les ressorts, le fond, les contours ;

Je n’en veux voir que la lumière :

Muses, restez; restez, Amours.

Enfin, aux calculs qu’on entasse Si les cieux n’obéissaient pas !

Plus d’une erreur passe et repasse Entre les branches d’un compas.

Un siècle a changé la physique,

Nos temps sont féconds eu retours.

Je crains que le soleil n’abdique :

Muses, restez; restez, Amours.

Enivrons-nous de poésie,

Nos cœurs n’en aimeront que mieux ; Elle est un reste d’ambroisie Qu’aux mortels ont laissé les dieux.

Quel est sur moi le froid qui tombe ? C’est le froid du soir de mes jours.

Promettez un rêve à ma tombe :

Muses, restez; restez, Amours.

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