‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 210 sur 315 · CHANSON ADRESSÉE A MANUEL · texte numérisé non relu

CHANSON ADRESSÉE A MANUEL

Ain : l'n *old.it, par un coup funeste.

D’anciens Gaulois, pauvres esclaves, Un soir qu’autour d’eux tout dormait,

Levaient la dîme sur les caves ‘ Du maître qui les opprimait.

Leur gaîté s’éveille :

« Ah ! dit l’un d’eux, nous faisons des jaloux ; u L’esclave est roi quand le maître sommeille. « Enivrons-nous! (4 fois.)

« Amis, ce vin, par notre maître « Fut confisqué sur des Gaulois « Bannis du sol qui les vit naître u Le jour même où mouraient nos lois.

« Sur nos fers qu’il rouille « Le Temps écrit l’âge d’un vin si doux.

« Des malheureux partageons la dépouille.

« Enivrons-nous !

« Savez-vous où gît l’humble pierre « Des guerriers morts de notre temps?

« Là plus d’épouses en prière,

« Là plus de fleurs, môme au printemps.

« La lyre attendrie

« Ne redit plus leurs noms effaces tous.

« Nargue du sot qui meurt pour la patrie !

« Enivrons-nous!

« La Liberté conspire encore « Avec des restes de vertu;

« Elle nous dit : Voici l’aurore ;

« Peuple, toujours dormiras-tu?

« Déité qu’on vante,

« Recrute ailleurs des martyrs et des fous, a L’or te corrompt, la gloire t’épouvante.

« Enivrons-nous !

« Oui, toute espérance est bannie; u Ne comptons plus les maux soufferts.

<. Le marteau de la tyrannie « Sur les autels rive nos fers.

« Au monde en tutelle,

« Dieux tout-puissants, quel exemple offrez-vous'. « Au char des rois un prêtre vous attelle.

« Enivrons-nous !

« Rions des dieux, sifflons les sages,

« Flattons nos maîtres absolus,

« Donnons-leur nos fils pour otages :

a On vit de honte, on n en meurt plus.

« Le plaisir nous venge;

« Sur nous du sort il fait glisser les coups, u Traînons gaiment nos chaînes dans la lange. « Enivrons-nous! »

Le maître entend leurs chants d’ivresse ; Il crie à des valets : « Courez !

« Qu’un fouet dissipe l’allégresse « De ces Gaulois dégénérés. »

Du tyran qui gronde Prêts à subir la sentence à genoux,

Pauvres Gaulois, sous qui trembla le monde. Enivrons-nous !

envoi.

Cher Manuel, dans un autre âge.

Aurais-je peint nos tristes jours?

Ton éloquence et ton courage Nous ont trouvés ingrats et sourds ;

Mais pour la patrie Ta vertu brave et périls et dégoûts.

Et plaint encor l’insensé qui s'écrie : Enivrons-nous! (4 fois.)

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