‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 211 sur 315 · TREIZE A TABLE · texte numérisé non relu

TREIZE A TABLE

Air de Préville et Taconnet.

Dieu! mes amis, nous sommes treize à table, Et devant moi le sel est répandu :

Nombre fatal! présage épouvantable!

La Mort accourt! je frissonne éperdu, (ter.) Elle apparaît, esprit, fée, ou déesse :

Mais, belle et jeune, elle sourit d’abord, (bis ) De vos chansons ranimez l’allégresse ;

Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

Bien qu’elle semble invitée à la fête,

Qu’elle ait aussi sa couronne de fleurs,

Seul je la vois, seul je vois sur sa tète D’un arc-en-ciel resplendir les couleurs.

Elle me montre une chaiue brisée,

Et sur son sein un enfant qui s’endort.

Calmez la soif de ma coupe épuisée;

Non, mes amis, je ne crains plus la Mort...

« Vois, me dit-elle; est-ce moi qu’il faut craindre? « Fille du ciel, l’Espérance est ma sœur;

« Dis-moi, l’esclave a-t-il droit de se plaindro « De qui l’arrache aux fers d’un oppresseur?

« Ange déchu, je te rendrai les ailes « Dont ici-bas te dépouilla le sort. »

Enivrons-nous des baisers de nos belles;

Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

« Je reviendrai, poursuit- elle, et ton âmo « Ira franchir tous ces mondes flottants,

« Tout cet azur, tous ces globes de flamme « Que Dieu sema sur la route du Temps.

« Mais, tant qu’au joug elle rampe asservie,

« Goûte sans crainte un bonheur sans remords.*» Que le plaisir use en paix notre vie ;

Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

Ma vision passe et fuit tout entière Aux cris d\m chien hurlant sur notre seuil. Ah ! l’homme en vain se rejette en arrière Lorsque son pied sent le froid du cercueil. (ter.) Gais passagers, au flot inévitable Livrons l'esquif qu’il doit conduire au port, (bis.) Si Dieu nous compte, ah ! restons treize à table ; Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

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