‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 214 sur 315 · CHANT DE VICTOIRE DES OTTOMANS · texte numérisé non relu

CHANT DE VICTOIRE DES OTTOMANS

Am : A soixante ans il ne faut pas remettre.

Nous triomphons! Allah! gloire au Prophète! Sur ce rocher plantons nos étendards.

Ses défenseurs, illustrant leur défaite,

En vain sur eux fout crouler ses remparts. Nous triomphons, et le sabre terrible Va de la Croix pimir les attentats.

Exterminons une race invincible :

Les rois chrétiens ne la vengeront pas.

N’as-tu, Chios, pu sauver un seul être Qui vint ici raconter tous tes maux +* ? >

Psara tremblante eût fléchi sous son maître. Où sont tes fils, tes palais, tes hameaux?

* Le désastre de Psara ou Ipsara est trop connu pour qu’il soit nécessaire d'en rapporter les détails, non plus que de la belle défende et de la fin héroïque de ses habitants. I.es I urcs eux-mêmes ont rendu justice aux Ipsariotes. Cette chanson avait pour but, on doit le voir, d’inspirer de l'indignation contre les cabinets de l'Europe, qui laissaient massacrer les chrétiens de la Grèce sans leur porter secours.

*» Plus de cinquante mille chrétiens p"rdirent la vie ou la liberté lors du massacre de Chios ou Scto, car c’cst le même nom, corrompu par la prononciation italienne.

Lorsque la peste en ton ile rebelle Sur tant de morts menaçait nos soldats *,

Tes fils mourants disaient : N’implorons qu’elle: Les rois chrétiens ne nous vengeront pas.

Mais de Ghios recommencent les fêtes,

Tsara succombe, et voilà ses soutiens!

Dans le sérail comptez combien de tètes Vont saluer les envoyés chrétiens.

Pillons ces murs ! de l’or ! du vin ! des femmes ! Vierges, l’outrage ajoute à vos appas.

Le glaive après punfira vos âmes :

Les rois chrétiens ne vous vengeront pas.

L’Europe esclave a dit dans sa pensée :

Qu’un peuple libre apparaisse! et soudain.... Paix! ont crié d’une voix courroucée Les chefs que Dieu lui donne en son dédain. Byron offrait un dangereux exemple :

On les a vus sourire à son trépas.

Du Christ lui-même allons souiller le temple : Les rois chrétiens ne le vengeront pas.

A notre rage ainsi rien ne s’oppose :

Psara n’est plus, Dieu vient de l’effacer.

Sur ses débris le vainqueur qui repose Bêve le sang qu’il lui reste à verser.

Qu’un jour Stamboul contemple avec ivresse Les derniers Grecs suspendus à nos mâts !

Dans son tombeau faisons rentrer la Grèce : Les rois chrétiens ne la vengeront pas.

* Le nombre do* cadavre» «tassé» dan» la malheureuse C.liius lit craiuilrc au* cliels otlüiuanr, que la peste ne »e nul dans leur armcc, livrée au pillage de celte ile opulente.

•» .Stamboul e«t le nom que les X urca donnent a Coi.stauùnoplc.

Ainsi chantait cette horde sauvage.

Les Grecs ! s’écrie un barbare effrayé.

La flotte hellène a surpris le rivage * ,

Et de Psara tout le sang est payé.

Soyez unis, ô Grecs ! ou plus d un traître Dans le triomphe égarera vos pas.

Les nations vous pleureraient peut-être,

Les rois chrétiens ne vous vengeraient pas.

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