‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 213 sur 315 · MAUDIT PRINTEMPS · texte numérisé non relu

MAUDIT PRINTEMPS

Am : C’est à mon maître rn l’art de plaire.

Je la voyais de ma fenêtre A la sienne tout cet hiver :

Nous nous aimions sans nous connaître; Nos baisers se croisaient dans l'air.

Entre ces tilleuls sans feuillage,

Nous regarder comblait nos jours.

Aux arbres tu rends leur ombrage, Maudit printemps ! reviendras-tu toujours ?

Il se perd dans la voûte obscure,

Cet ange éclatant qui là-bas M’apparut, jetant la pâture Aux oiseaux, un jour de frimas :

Ils l’appelaient, et leur manège Devint le signal des amours.

Non, rien d’aussi beau que la neige !

Maudit printemps! reviendras-tu toujours?

Sans toi ie la verrais encore,

Lorsqu’elle s’arrache au repos,

Fraîche comme on nous peint l’Aurore Du jour entr’ouvrant les rideaux.

Le soir encor je pourrais dire :

Mon étoile achève son cours;

Elle s’endort, sa lampe expire.

Maudit printemps! reviendras-tu toujours?

C’est l’hiver que mou cœur implore :

Ah! je voudrais qu’on entendit Tinter sur la vitre sonore Le grésil léger qui bondit.

One me fait tout ton vieil empire,

Tes fleurs, tes zéphyrs, tes longs jours? Je ne la verrai plus sourire.

Maudit printemps ! reviendras-tu toujours?

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