‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 221 sur 315 · LA MÉTEMPSYCOSE · texte numérisé non relu

LA MÉTEMPSYCOSE

Am du vaudeville de la RoI»s et les BoUca.

Grand partisan de 1" métempsycose,

En philosophe, hier, sur l’oreiller,

l)e mes penchants pour connaître la cause ,

J’ai mis mon âme en train de babiller.

Elle m’a dit : Tu me dois un beau cierge,

Car sans mon souffle au néant tu restais ;

Mais jusqu’à toi je n'arrivai point \ ierge. ) s — Ah: mon âme, je m’en doutais, j

Je m’en doutais, je m’en doutais.

Je m’en souviens, oui, dit-elle, huAble lierre, J’ai couronné jadis des fronts joyeux ;

Puis, échauffant plus subtile matière.

Petit oiseau, je saluai les cieui.

Dans le bocage, auprès des pastourelles, * Je voltigeais, je sautais, je chantais; L’indépendance agrandissait mes ailés.

— Ahl mon âme, je m’en doutais,

Je m'en doutais, je m’en doutais.

Je fis Médor, des chiens le plus habile, Qui, d’un aveugle unique et sur appui, Entre ses dents sut prendre une sébile, Guider son maître et mendier pour lui. , Utile au pauvre, au riche sachant plaire, Pour nourrir Fun, chez l’autre je quêtais. J’ai fait du bien, puisque j’en ai fait faire.

— Ah! mon âme, je m’en doutais.

Je m’en doutais, je m’en doutais.

Puis j’animai la beauté d’une fille.

Que fêtais bien dans ma douce prison!

Mais de mon gîte on s’empare, on le pille : Tous les Amours y mettent garnison.

En vrais soudards ils y faisaient esclandre; Et jour et nuit, du coin que j’habitais,

A la maison je voyais le feu prendre.

— Ah ! mon âme, je m’en doutais,

Je m’en doutais, je m’en doutais.

Sur tes penchants que mon récit t’éclaire ; Mais, dit mon âme, apprends aussi de moi Qu’au ciel un jour ayant osé déplaire,

Pour m’en punir, Dieu m’enferma chez toi. Veilles, travaux, artifices de femme,

Pleurs, désespoir, et des maux que je tais, Pont qu’un poète est l’enfer pour une âme. ) — Ah ! mon âme, je m’eu doutais, ) Je m’en doutais, je m’en doutais.

BIS

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