‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 228 sur 315 · A M. LA1SNEY, IMPRIMEUR A PÉRONNE · texte numérisé non relu

A M. LA1SNEY, IMPRIMEUR A PÉRONNE

Ain de la République,

Mon cher Laisney, trinquons, trinquons encore A nos beaux jours promptement écoulés.

Comme ils sont loin, les feux de notre aurore! Que de plaisirs avec eux envolés !

Mais de regrets faut-il qu’on se repaisse ? Non;. la gaîté nourrit encor l’espoir.

Mon vieil ami, quand pour nous le jour baisse, Souhaitons-nous un gai bonsoir.

Cinquante hivers ont passé sur ta tête ;

J’ai de bien près cheminé sur tes pas.

Mais ces hivers' ont eu leurs jours de fête ; Tout ne fut point aquilons et frimas.

Aurions-nous mieux employé la jeunesse,

Vécu moins vite avec un riche avoir?

Mon vieil ami, quand pour nous le jour baisse, Souhaitons-nous un gai bonsoir.

Dans l’art des vers c’est toi qui fus mon maître, Je t’effaçai, sans te rendre jaloux.

Si les seuls fruits que pour nous Dieu fit naître Sont des chansons, ces fruits sont assez doux; Dans nos refrains que le passé renaisse; L’Illusion nous rendra son miroir.

* C’est dans son imprimerie que je fus mis en apprentissage. N'ayant pu parvenir à m'enseigner l'orthographe, il me fit prendre goût à la poésie, me donna des leçons île versifiças lion, et corrigea mes premiers essais.

Mon vieil ami, quand pour nous le jour baisse, Souhaitons-nous un gai bonsoir.

Reposons-nous; car les Amours, sans doute, Pour qui jadis nous avons tant marche,

Nous enraient tous, s’ils nous trouvaient en route: Allez dormir, le soleil est couché.

Mais l’Amitié, l’ombre fut-elle épaisse,

Vient allumer nos lampes pour y voir.

Mon vieil ami, quand pour nous le jour baisse, Souhaitons-nous un gai bonsoir.

Page 1