‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 227 sur 315 · LE CHASSEUR ET LA LAITIÈRE · texte numérisé non relu

LE CHASSEUR ET LA LAITIÈRE

Am . Je ne vous vois jamais, rêveuse.

L’alouette, à peine éveillée.

Chante l’aurore d’un beau jour;

Suis le chasseur sous la feuillée,

Laitière ; il parlera d’amour.

Dans la rosée, allons, ma chère,

Cueillir pour toi fleurs du printemps.

— Non, beau chasseur, je crains ma mère-, Je ne veux pas perdre mon temps.

Ta mère et sa chèvre fidèle Sont loin derrière ce coteau.

Ecoute une chanson nouvelle Qui vient des dames du château.

Fille qui la peut faire entendre Doit fixer les plus inconstants.

— Chasseur, j’en sais une aussi tendre; Je ne veux pas perdre mon temps.

Tour la dire, apprends l’aventure Du spectre d’un bamn jaloux,

Entraînant à sa sépulture La beauté dont il fut l’époux.

Ce récit, quand la nuit est noire,

Fait frissonner les assistants.

— Chasseur, je connais cette histoire ;

Je ne veux pas perdre mon temps.

Je puis t’enseigner des prières Pour charmer la fureur des loups,

Ou poiu’ conjurer des sorcières L’œil malfaisant tourné vers nous.

Grains qu’une vieille, en sa misère,

Ne jette un sort sur ton printemps.

— Chasseur, n’ai-je pas un rosaire?

. Je ne veux pas perdre mou temps.

Eh bien, vois cette croix qui brille, Compte ses rubis précieux;

Sur le sein d’une jeune fille,

Elle attirerait tous les yeux.

Preuds-la, malgré ce qu’elle coûte ;

Mais songe au prix que j’en attends l — Qu’elle est belle I ah ! je vous écoute; Ce n'est pas là perdre mon temps.

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