‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 244 sur 315 · LES BOHÉMIENS · texte numérisé non relu

LES BOHÉMIENS

Air; Mon prr’ m’a donne un nia ri .

Sorciers, bateleurs ou filous, lteste immonde D’un ancien monde;

Sorciers, bateleurs ou filous,

Gais bohémiens, d’où venez-vous?

D’où nous venons, l’on n’en sait rien.

L’hirondelle,

D’où nous vient-elle?

D’où nous venons, l’on n’en sait rien.

Où nous irons, le sait-on bien?

Sans pays, sans prince et sans lois, Nôtre vie Doit faire envie;

Sans pays, sans prince et sans lois, L'homme est heureux un jour sur trois.

Tous indépendants nous naissons Sans église Qui nous baptise ;

Tous indépendants nous naissons Au bruit du fifre et des chansons.

Nos premiers pas sont dégagés Dans ce monde Où l’erreur abonde ;

Nos premiers pas sont dégagés Du vieux maillot des préjugés.

Au peuple, en butte à nos larcins, Tout grimoire Eu peut faire accroire?

Au peuple, en butte à nos larcins,

Il faut des sorciers et des saints.

Trouvons-nous Plutus eu chemin,

Notre bande Gaiment demande ;

Trouvons-nous Plutus en chemin,

En chantant nous tendons la main.

Pauvres oiseaux que Dieu bénit'

De la ville Qu’on nous exile ;

Pauvres oiseaux que Dieu bénit,

Au fond des bois pend notre nid.

A tâtons l’Amour, chaque nuit,

Nous attelle Tous pêle-mêle;

A tâtons l’Amour, chaque nuit,

Nous attelle au char qu'il conduit.

Ton œil ne peut se détacher,

Philosophe De mince étoffe;

Ton œil ne peut se détacher Du vieux coq de ton vieux clocher.

Voir, c’est avoir. Allons courir!

Vie errante Est chose enivrante.

Voir, c’est avoir. Allons courir!

Car tout voir, c’est tout conquérir.

Mais à l’homme on crie en tout lieu.

Qu’il s’agite Ou croupisse au gîte;

Mais à l’homme on crie en tout lieu :

«i Tu nais, bonjour ; tu meurs, adieu. >»

Quand nous mourons, vieux ou bambin.

Homme ou femme,

A Dieu soit notre âme !

Quand nous mourons, vieux ou bambin, On vend le, corps au carabin.

Nous n’avons donc, exempts d’orgueil, De lois vaines,

De lourdes chaînes ;

Nous n’avons donc, exempts d’orgueil.

Ni berceau, ni toit, ni cercueil.

Mais croyez-en notre gaîté.

Noble ou prêtre,

Valet ou maître;

Mais, croyez-en notre gaîté,

Le bonheur, c’est la liberté.

Oui, croyez-en notre gaîté, Noble ou prêtre,

Valet ou maître;

Oui, croyez-en notre gaîté, Le bonheur, c’est la liberté.

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