‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 245 sur 315 · LES SOUVENIRS DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LES SOUVENIRS DU PEUPLE

Am : Pas»ci votre chemin, beau sire.

On parlera de sa gloire Sons le chaume bien longtemps.

L'humble toit dans cinquante ans, Ne connaîtra plus d'autre histoire.

Là viendront les villageois,

Dire alors à quelque vieille :

Par des récits d’autrefois,

Mère, abrégez notre veille.

Bien, dit-on, qu’il nous ait nui,

Le peuple encor le révère,

Oui, le révère.

Parlez-nous de lui, grand’mère; Parlez-nous de lui. (bis.)

Mes enfants, dans ce village,

Suivi de rois, il passa.

Voilà bien longtemps de ça :

Je venais d'entrer en ménage.

A pied grimpant le coteau Où pour voir je m’étais mise,

Il avait petit chapeau Avec redingote grise.

Près de lui je me troublai;

Il me dit : Bonjour, ma chère, Bonjour, ma chère.

— Il vous a parlé, grand'mère ?

Il vous a parlé I

L’an d’après, moi, pauvre femme,

A Taris étant un jour,

Je le vis avec sa cour :

Il se rendait à r<otre-Dame.

Tous les cœurs étaient contents;

On admirait son cortège.

Chacun disait : Quel beau temps !

Le ciel toujours le protège.

Son sourire était Lien doux,

J)’un fils Dieu le rendait père,

Le rendait père

— Quel beau jour pour vous, grand’mère!

Quel beau jour pour vous !

Mais, quand la pauvre Champagne Fut en proie aux étrangers,

Lui, bravant tous les dangers,

Semblait seul tenir la campagne.

Ln soir, tout comme aujourd’hui, J’entends frapper à la porte.

J’ouvre. Bon Dieu! c’était lui,

Suivi d’une faible escorte.

Il s'asseoit où me voilà,

S’écriant : Oh ! quelle guerre !

Oh ! quelle guerre !

— Il s’est assis là, grand’mère !

Il s’est assis là!

J’ai faim, dit-il ; et bien vite Je sers piquette et nain bis;

Puis il sèche ses habits,

Même à dormir le feu l’invite.

Au réveil, voyant mes pleurs,

11 me dit : Bonne espérance!

Je cours, de tous ses malheurs,

Sous Paris, venger la France.

Il part; et, comme un trésor,

J’ai depuis gardé son verre,

Gardé son verre.

— Vous l’avez encor, grand’mère !

Vous l’avez encor!

Le voici. Mais à sa perte Le héros fut entraîne.

Lui, qu’un pape a couronné,

Est mort dans une île déserte.

Longtemps aucun ne l’a cru;

On disait : Il va paraître ;

Par mer il est accouru;

L’étranger va voir son maître.

Quand d’erreur on nous tira,

Ma douleur fut bien amère!

Fut bien amère !

— Dieu vous bénira, grand’mère;

Lieu vous bénira. (bis.)

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