‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 258 sur 315 · LA FILLE DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LA FILLE DU PEUPLE

Ain ti’Aribtippc

Fille du peuple, au chantre populaire .De ton printemps tu prodigues les fleurs ;

Dès ton berceau tu lui dois ce salaire,

Ses premiers chants calmaient tes premiers pleurs. Va, ne crains pas que baronne ou marquise Veuille à me plaire user ses beaux atours.

Ma Muse et moi nous portons pour devise :

Je suis du peuple ainsi que mes amours.

Quand, jeune encor, j’errais, sans renommée, D’anciens châteaux s’offraient-ils à mes veux, Point n’invoquais, à la porte fermée,

Pour m’introduire, un nain mystérieux.

Je me disais : Tendresse et poésie

Ont fui ces murs, chers aux vieux troubadours.

Fondons ailleurs mon droit de bourgeoisie :

Je suis du peuple ainsi que mes amours.

Fi des salons ou l’ennui qui se berce Bâille entouré d’un luxe éblouissant !

Feu d’artifice éteint par une averse,

Quand vient la joie, elle y meurt en naissant! En souliers fins, chapeau frais, robe blanche. Tu veux aiL\ champs courir tous les huit jours ; Viens ; tu me rends les plaisirs du dimanche : Je suis du peuple ainsi que mes amours.

Quelle beauté, simple dame ou princesse,

A plus que toi de décence et d’attraits ; Possède un cœur plus riche de jeunesse, • Des yeux plus doux et de plus nobles traits? Le peuple enfin s’est fait une mémoire :

J’ai pour ses droits lutté contre deux cours ;

Il te devait au chantre de sa gloire :

Je suis du peuple ainsi que mes amours.

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