‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 257 sur 315 · LE JUIF ERRANT · texte numérisé non relu

LE JUIF ERRANT

Aik du Chasseur ruu^e.

Chrétien, au voyageur souffrant Tends un verre d’eau sur ta porte.

Je suis, je suis le Juif errant,

Qu’un tourbillon toujours emporte, (bis.) Sans vieillir, accablé de jours,

La fin du monde est mou seul rêve.

Chaque soir j’espère toujours ;

Mais toujours le soleil se lève.

Toujours, toujours, (bis.) >

Tourne ïa terre où moi je cours, v u * Toujours, toujours, toujours, toujours.

Depuis dix-huit siècles, hélas ! ■

Sur la cendre grecque et romaine,

Sur les débris de mille Etats,

L’affrem. tourbillon me promène.

• I.c dévouement de La Fontaine pour Fouqitcl le fît exiler »n Tout aine, avec son cousin Jaunarl ; un doit a cet exil le* lettres de La Fontaine ii sa femme. On y voit que le Lçulenantcriminel leur fournit de l'argent pour le voyage. Les temps sont Lien changes.

** H. Loyal, l'huissier drT*tm»/E,

*** Il y a ici une inexactitude. Ce n'rat point dix mille, «unis Ciizc mille deux cent cinquante Iranrs qu'on m’a luit payer, fcr-iCe au dixième de guerre et aux frais judiciaires

J’ai vu sans fruit germer le bleu,

Vu des calamités fécondes ;

Et, pour survivre au monde ancien', Des ilôts j'ai vu sortir deux mondes.

Toujours, toujours,

Tourne ia terre où moi je cours, Toujours, toujours, toujours, toujours.

Dieu m’a changé pour me punir ;

A tout ce qui meurt je m’attache ;

Mais du toit prêt à me bénir Le tourbillon soudain m’arrache.

Plus d’un pauvre vient implorer Le denier que je puis répandre,

Qui n’a pas le temps de serrer La main qu’en passant j’aime à tendre.

Toujours, toujours,

Tourne ia terre où moi je cours, Toujours, toujours, toujours, toujours.

Seul, au pied d’arbustes en fleurs,

Sur le gazon, au bord de l’onde,

Si je repose mes douleurs.

J’entends le tourbillon qui gronde.

Eh ! qu’importe au ciel irrité Cet instant passé sous l’ombrage?

Faut-il moins que l’éternité Pour délasser d’un tel voyage !

Toujours, toujours,

Tourne la terre où moi je cours, Toujours, toujours, toujours, toujours.

Que des enfants vifs et joyeux Des miens me retracent l’image;

Si j’en veux repaître mes yeux,

Le tourbillon souffle avec rage.

Vieillards, osez-vous à tout prix, M’envier ma longue carrière?

Ges enfants à qui je souris,

Mon pied balaira leur poussière.

Toujours, toujours,

Tour ne la terre où moi je cours, Toujours, toujours, toujours, toujours,

Des murs où je suis né jadis Retrouvé-je encor quelque trace ,

Pour m’arrêter je me roidis ;

Mais le tourbillon me dit : « Tasse !

« Passe ! » et la voix me. crie aussi :

« Reste debout quand tout succombe.

« Tes aïeux ne t ont point ici « Gardé de place dans leur tombe. »

Toujours, toujours,

Tourne la terre où moi je cours, Toujours, toujours, toujours, toujours.

J’outrageai d’un rire inhumain L’homme-Dieu respirant à peine...

Mais sous mes pieds fuit le chemin; Adieu, le tourbillon m'entraîne, (bis.) Vous qui manquez de charité, Tremblez à mon supplice étrange :

Ce n’est point sa divinité,

C’est l’humanité que Dieu venge.

Toujours, toujours, (bis.) j

Tourne la terre où moi je cours, \ Toujours, toujours, toujours, toujours.

BIS

DK DÉ R AN fr-E R.

COUPLET

Air : Trouverez-vous un paiiciiwnt

Notre siècle, penseur brutal, Contre Delille s’évertue.

Tel vécut sur un piédestal,

Qui n’aura jamais de statue :

Artiste, poète, savant,

A la gloire en vain on s’attache :

C’est un linceul que trop souvent La postérité nous arrache.

Page 1