DENYS, MAITRE D’ÉCOLE
La Force, 4819.
Am ; Il faut bientôt quitter l’empire
Denys, chassé de Syracuse, *
A Corinthe se fait pédant.
Ce roi que tout un peuple accuse,
Pauvre et déchu, se console en grondant, (bis.)
Maître d’école au moins il prime,
Son bon plaisir fait et défait des lois, (bis.)
Il règne encor, car il opprime :
Jamais l’exil n’a corrigé les rois. (bis.)
Sur le dîner de chaque élève
Le tyran des Syracusains,
* J’étais condamné il neuf mois de prison.
f* Denys , fils do Denys l’Ancien, après avoir opprimé Syracuse pendant plusieurs années, chassé enfin, sc retira à Corinthe, où dit-on, il se lit raailrc d’ôcolc. Soupçonné d’aroir tenté de remonter sur le trône de Sicile, il fut obligé de quitter Corinthe, et s’associa à des prêtres de Cybele, qui l’initièrent à leur culte 1 s enivrait , dansait et courait Ici campagnes avec eui. CîVsl ainsi qu’au dire de quelques historiens il finit su triste existence-
Comme impôt, chaque jour prélève Trois quarts des noix, du miel et des raisins.
Çà, dit-il, qu’on le reconnaisse :
J’ai droit sur tout, je l’ai prouvé cent fois.
Baisez la main, je vous en laisse.
Jamais l’exil n’a corrigé les rois.
Un sournois, dernier de sa classe,
Au bas d’un thème mal tourné Met ces mots : Grand roi, qu’un Dieu fasse Périr tous ceux qui vous ont détrôné!
Vite un prix au sot qui l’adule !
Mon fils, dit-il, tout sceptre est un grand poids.
Sois mon second, prends la férule.
Jamais l’exil n’a corrigé les rois.
Un autre en secret vient lui dire :
Seigneur, un écolier transcrit Là-bas, je crois, quelque satire ;
C’est contre vous, car voyez comme il rit!
Ce maître d’humeur répressive,
De 1’ accusé courant tordre les doigts,
Dit : Je ne veux plus qu’on écrive.
Jamais l’exil n’a corrigé les rois.
Rêvant un jour que Von conspire,
Rêvant qu’il court de grands dangers,
Ce fou, tremblant pour son empire,
Voit ses marmots narguer deux étrangers.
Chers étrangers, dans ce repaire Entrez, dit-il, sur eux vengez mes droits;
Frappez; pour eux je suis un père.
Jamais l'exil n'a corrigé les rois.
Enfin, pères, mères, grand’rnôres De maint enfant trop bien fessé,
L’accablant (1e plaintes amères,
L’ancien tyran de Corinthe est chassé, (bis.)
Mais, pour agir encore en maître, Maudire encor sa patrie et ses lois, (bis.)
Pe pédant, Dcnys se fait prêtre :
Jamais 1 exil n’a corrigé les rois. (bis.)