‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 261 sur 315 · LAIDEUR ET BEAUTÉ · texte numérisé non relu

LAIDEUR ET BEAUTÉ

Aîb; CV*t à incn raat.c en l’ait île plaire.

Sa trop grande beauté m’obsède ;

C’est un masque aisément trompeur.

Oui, je voudrais qu’elle fût laide,

Mais laide, laide à faire peur.

Belle ainsi faut-il que je l’aime !

Pieu, reprends ce don éclatant ;

Je le demande à l’enfer même :

Qu’elle soit laide et que je l’aime autant.

A ces mots m’apparaît le diable;

C’est le père de la laideur.

« Rendons-la, dit-il, effroyable,

« île tes rivaux trompons l’ardeur, a J’aime assez ces métamorphoses.

« Ta belle ici vient en chantant; a Perles, tombez ; fanez-vous, roses :

« La voilà laide, et tu l’aimes autant.

« — Laide! moi? » dit-elle étonnée.

Elle s’approche d’un miroir.

Doute d’abord, puis, consternée,

Tombe en un morne désespoir.

« Pour moi seul tu jurais de vivre,

« Lui dis-je, à ses pieds me jetant;

« A mon seul amour il te livre :

« Plus laide encor, je t’aimerais autant. »

Ses yeux éteints fondent en larmes.

Alors sa douleur m’attendrit.

« Ah! rendez, rendez-lui ses charmes.

« — Soit ! n répond Satan, qui sourit.

Ainsi que naît la fraîche aurore,

Sa beauté renaît à l’instant.

Elle est, je crois, plus belle encore :

Elle est plus belle, et moi je l’aime autant.

Vite au miroir elle s’assure Qu’on lui rend bien tous ses appas ;

Des pleurs restent sur sa figure,

Qu’elle essuie en grondant tout bas.

Satan s’envole, et la cruelle Fuit et s’écrie en me quittant :

« Jamais fille que Dieu fit belle « Ne doit aimer qui peut l’aimer autant. »

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