‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 282 sur 315 · LA RESTAURATION DE LA CHANSON · texte numérisé non relu

LA RESTAURATION DE LA CHANSON

Janvier 4831.

Aih : J’arrire à pied de province.

Oui, chanson, Muse ma fille,

J’ai déclaré net

Qu’avec Charle et sa famille On te détrônait *.

Mais chaque loi qu’on nous donne Te rappelle ici.

Chanson, reprends ta couronne.

— Messieurs, grand merci !

Je croyais qu’on allait faire Du grand et du neuf;

Même étendre un peu la sphère De Quatre-vingt-neuf.

Mais point! on rebadigeonne Un trône noirci.

Chanson, reprends ta couronne.

— Messieurs, grand merci !

Depuis les jours de Décembre **, vois, pour se grandir,

La Chambre vanter la Chambre ,

La Chambre applaudir.

A se prouver qu’elle est bonne Elle a réussi.

* A la fin de juillet 1830, j'avais dit: On vient do détrôner Charle«i X et la chanson. Ce uiot fut répété à la tribune par je ne sais quel député du centre. f

** Le jugement dos ministres de Charles X. I.a Chambre alors ne voulait point entendre parler de dissolution.

Chanson, reprends ta couronne.

— Messieurs, grand merci !

Basse-cour des ministères,

Qu’en France on honnit,

Nos chapons héréditaires Sauveront leur nid4.

Les petits que Dieu leur donne Y pondront aussi.

Chanson, reprends ta couronne.

— Messieurs, grand merci !

Gloire à la garde civique,

Piédestal des lois!

Qui maintient la paix publique,

Peut venger nos droits.

Là-haut, quelqu’un, je soupçonne,

En a du souci.

Chanson, reprends ta couronne*

— Messieurs, grand merci!

La planète doctrinaire Qui sur G and brillait,

Veut servir de luminairo Aux gens de Juillet.

Fi d’un froid soleil d’automne,

I)e brume obscurci !

Chanson, reprends ta couronne,

— Messieurs, grand merci !

Nos ministres, qu’on peut mettre Tous au même point,

Voudraient que le baromètre Ne variât point.

* On craignait encore que l'hérédité de la pairie ne fut conserver.

Pour peu que là-bas il tonne,

On se signe ici.

Chanson, reprends ta couronne.

— Messieurs, grand merci!

Pour être en état de grâce,

Que de grands peureux Ont soin de laisser en place Les hommes véreux !

Si l’on ne touche à personne,

C’est afin que si...

Chanson, reprends ta couronne.

— Messieurs, grand merci !

Te voilà donc restaurée,

Chanson mes amours.

Tricolore et sans livrée Montre-toi toujours.

Ne crains plus qu’on t’emprisonne, Du moins à Poissy.

Chanson, reprends ta couronne.

— Messieurs, grand merci!

Mais pourtant laisse en jachère Mon sol fatigué.

Mes jeunes rivaux, ma chère,

Ont un ciel si gai î Chez eux la rose foisonne,

Chez moi le souci.

Chanson, reprends ta couronne,

— Messieurs, grand merci!

Page 1