‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 292 sur 315 · JEAN DE PARIS · texte numérisé non relu

JEAN DE PARIS

Air Cette chaumivrc-là vaut un palai*:

Ris et cbante, chante et ris ;

Prends tes gants et cours le monde; Mais, la bourse vide ou ronde,

Reviens dans ton Paris ;

Ah! reviens, ah! reviens, Jean de Paris, (bis.)

Toujours, dit la chronique ancienne,

Jean sur son grand sabre a sauté,

Quand de leur ville avec la sienne Des sots comparaient la beauté :

Proclamant sur son âme,

* En prose ainsi qu’en vers,

Les tours de Notre-Dame Centre de l’univers.

Ris et chante, chante et ris;

Prends tes gants et cours le monde; Mais, la bourse vide ou ronde,

Reviens dans ton Paris ;

Ali! reviens, ah! reviens, Jean de Paris.

S’il franchit la grande muraille ;

S’il cocufie un mandarin ;

Du peuple magot s’il se raille ;

A Paris s’il revient grand train:

• L’espoir qui le domine,

C’est, chez sou vieux portier,

De parler de la Chine Aux badauds du quartier.

Ris et chante, chante et ris;

Prends tes gants et cours le monde ; Mais, la bourse vide ou ronde, Reviens dans ton Paris ;

Ahî reviens, ah! reviens, Jean de Paris.

«Je veux de l’or beaucoup et vite, »

Dit-il, au Pérou débarquant.

A s’y fixer chacun l’invite.

« Me prend-on pour un trafiquant?

« Loin de mes dix maîtresses,

« Fi de ce vil métal!

« Je préfère aux richesses u Paris et l’hôpital. i>

Ris et chante, chante et ris;

Prends tes gants et cours le monde; Mais, la bourse vide ou ronde, Reviens dans ton Paris ;

Ah! reviens, ah! reviens, Jean de Paris.

A la guerre gaiment il vole,

Pour la croix ou pour Saladin ;

Se bat, jure, pille et viole,

Puis à taris écrit soudain ;

« Que ma gloire s’étende « Du Louvre aux boulevards;

« Qu’un ramoneur y vende « Mon buste pour six liards. »

Ris et chante, chante et ris;

Prends tes gants et cours le monde;

T2 BÉHÀNGER:

Mais, la bourse vide ou ronde,

Reviens dans ton Paris;

Ah ! reviens, ah ! reviens, Jean de Paris.

En Perse il prétend qu’une reine

Lui dit un soir : « Je te fais roi.

« — Soit, répond-il; mais, pour ma peine,

« Jusqu’au pont Neuf viens avec moi.

« Pendant huit jours de fête, , ,

« Tout Paris me verra « Montrer, couronne en tête,

« Mon nez à l’Opéra. »

Ris et chante, chante et ris;

Prends tes gants et cours le monde ;

Mais, la bourse vide ou ronde,

Reviens dans ton Paris ;

Ah! reviens, ah! reviens, Jean de. Paris.

Jean de Paris, dans ta chronique,

C’est nous qu’on peint? nous francs badauds.

Quittons-nous cette ville unique,

Nous voyageons Paris à dos.

Quel amour incroyable, '

Maintenant et jadis,

Pour ces murs dont le diable A fait son paradis !

Ris et chante, chante et ris;

Prends tes gants et cours le monde ;

Mais, la bourse vide ou ronde,

Reviens dans ton Paris;

Ah! reviens, ah! reviens, Jean de Paris, (bis.)

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