PRÉDICTION DE NOSTRADAMUS
POUR l’an deux mil*.
Aih des Trois Couleur*.
Nostradamus, qui vit naître Henri Quatre, Grand astrologue, a prédit dans ses vers Qu’en l’an deux mil, date qu’on peut débattre, De la médaille, on verrait le revers.
Alors, dit-il, Paris, dans l’allégresse,
Au pied du Louvre ouïra cette voix :
« Heureux Français, soulagez ma détresse ;
« Faites l'aumône (bis) au dernier de vos rois. »
* Quand les temps sont mauvais, les prophètes ont bran jeu. Michel île Nostredame, que nous nommons Nostradamus, vécut cl mourut sous les derniers Valois. Né en Provence, d’une famille juive convertie, il étudia la médecine, et scs succès lui attirèrent un grand nombre d'envieux, qui le forcèrent de vivre quelque temps dans la retruite. Il s'jf livra à l’astrulogie, maladie de l’époque, et publia, en 1557, les fameuses Cïintmi**, qui lui ont valu la célébrité populaire dont son nom jouit encore hiles sont écrites en vers barbares, mémo pour son temps, et d’un stjlc tellement énigmatique, qu'il semble plutôt être L: calcul du charlatanisme que le produit d’un esprit en délire. Aussi, à diverses époques, ont-elles fait- naitre les interprétations les plus opposées et les plus absurdes. Il faut convenir toutefois que, dans quelques-unes de ses prophéties, le hasard le servit assez bien pour qu’il ait pu étonner les esprits forts de son temps.
Catherine de Médicis voulut avoir des prédictions de cet astrologue, cl. le combla de présents et d’honneurs.
Nostradamus mourut A Salon, cl l’on crut longtemps qu’au und de son tombeau il ne cessait pas d’écrire de nouvelles prophéties ; ce qui no manqua pas de pruduiro un très-grand nom >re de Centcriks posthumes dignes de leurs ainées et non moins recherchées d’un public ignorant.
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Or cette voix sera celle d’un homme Pauvre, à scrofule, en haillons, sans souliers, Qui, né proscrit, vieux, arrivant de Rome, Fera spectacle aux petits écoliers.
Un sénateur crira : « L’homme à besace !
« Les mendiants sont bannis par nos lois.
« — Hélas! monsieur, je suis seul de ma race: « Faites l’aumône (bis) au dernier de vos rois.
« — Es-tu vraiment de la race royale?
■i — Oui, répondra cet homme fier encor.
« J’ai vu dans Rome, alors ville papale,
« A mon aïeul couronne et sceptre d’or.
« Il les vendit pour nourrir le courage « De faux agents, d’écrivains maladroits.
« Moi, j’ ai pour sceptre un bâton de voyage : a Faites l’aumône (bis) au dernier de vos rois.
*■ Mon père, âgé, mort en prison pour dettes, u D’un Don métier n’osa point me pourvoir.
« Je tends la main ; riches, partout vous êtes «i Bien durs au pauvre, et Dieu me l’a fait voir- « Je foule enfin cette plage féconde « Qui repoussa mes aïeux tant de fois.
<i Ah ! par pitié pour les grandeurs du monde, « Faites l’aumône (bis) au dernier de vos rois. »
Le sénateur dira : « Viens, je t’emmène r Dans mon palais, vis heureux parmi nous.
« Contre les rois nous n’avons plus de haine :
« Ce qu’il en reste embrasse nos genoux.
« En attendant que le Sénat décide « A ses bienfaits si ton sort a des droits,
« Moi, qui suis né d’un vieux sang régicide, a Je fais l’aumône (bïs) au dernier de nos rois, o
Nostradamus ajoute en son vieux style :
La République au prince accordera Cent louis ae rente, et, citoyen utile.
Pour maire un jour Saint-Cloud le choisira. Sur l’an deux mil on dira dans l’histoire Qu’assise au trône et des arts et des lois,
La France, en paix, reposant sous sa gloire, A fait l’aumône (bis) au dernier de ses rois.