‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 309 sur 315 · CLAIRE · texte numérisé non relu

CLAIRE

Quelle est cette fille qui passe D’un pied léger, d’un air riant?

Dans sou sourire que de grâce,

De bonté dans son œil brillant!

— Elle est modiste et désespère Ses compagnes par sa fraîcheur ;

Sa beauté fait l’orgueil d’un père :

C’est la fille du fossoyeur.

Claire habite le cimetière.

Ce qu’au soleil ou voit briller,

C’est sa fenêtre, et sa volière Qu’on eutend d’ici gazouiller.

Là-bas, voltige sur les tombes Un couple éclatant de blancheur ;

A qui ces deux blanches colombes?

A la fille du fossoyeur.

Le soir, près du mur que domine Son toit où la vigne a grimpé,

Par les sons d’une voix divine,

De surprise on reste frappé.

,i CHANSONS

Chaut d'amour ou cliaut d’allégresse Vous retient joyeiu ou rêveur.

Quelle est, dit-on, l’enchanteresse?

C’est la fille du fossoyeur.

On l’entend rire dès l’aurore Sous les lilas de ce bosquet,

Où les fleur s humides encore A sa main s’offrent par bouquet.

Là, que les plantes croissent belles !

Que les myrtes ont de vigueur !

Là, toujours des roses nouvelles Pour la fille du fossoyeur.

Sous son toit demain grande fête :

Son père va la marier.

Elle épouse, et la noce est prête,

Un jeune et beau ménétrier.

Demain, sous la gaze et la soie, Comme en dansant battra son cœur !

Dieu donne enfants, travail et joie A la fille du fossoyeur !

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