‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 9 sur 315 · MUSIQUE DE M. B. WILHEM · texte numérisé non relu

MUSIQUE DE M. B. WILHEM

Je disais aux fils d’Épicure :

« Réveillez par vos joyeux chants « Parny, qui sait de la nature « Célébrer les plus doux penchants. »

Mais les chants que la joie inspire Fout place aux regrets superflus :

Parny n’est plus!

Il vient d’expirer sur sa lyre :

Parny n’est plus !

Je disais aux Grâces émues :

• Il vous doit sa célébrité.

« Montrez-vous à lui demi-nues*

« Qu’il peigne encor la volupté. »

Mais chacune d’elles soupire Auprès des Plaisirs éperdus :

Parny n’est plus!

Il vient d’expirer sur sa lyre :

Parny n’est plus!

Je disais aux dieux du bel âge :

« Amours, rendez à ses vieux ans « Les fleurs qu’aux pieds d’une volage « Il prodigua dans son printemps. •»

Mais en pleurant je les vois lire Des vers qu’ils ont cent fois relus :

Parny n’est plus !

Il vient d’expirer sur sa lyre :

Parny n’est plus!

Je disais aux Muses plaintives :

• Oubliez vos malheurs récents * ; a Pour charmer l'écho de nos rives « Il vous suffit de ses accents. »

Mais du poétique délire Elles brisent les attributs :

Parny n’est plus!

Il vient d’expirer sur sa lyre : .

Parny n’est plus !

11 n’est plus! ah! puisse l’envie S’interdire un dernier effort **!

Immortel il quitte la vie ;

Pour lui tous les dieux sont d accord.

• Alliuion X I. mort de Lebrun, de Dclillc, de Bernardin de Saint- Pierre, de Orétry, etc.

• * Autre ail u» : on au. inanité, faite, à la mémoire de lWrur de 1a Ocaeaa nu Diat a.

Que la Haine, prête à maudire, Pardonne aui aimables vertus :

Parny u’est plus!

Il vient d’expirer sur sa lyre :

Parny u’est plus !

MA GRAND’MÈHE

Air : En revenant de Baie en Suisae.

Ma grand’mère, un soir à sa fête,

De vin pur ayant bu deux doigts.

Nous disait eu branlant la tête :

Que d’amoureux j’eus autrefois! . Combien je regrette Mon bras si dodu,

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu !

Quoi ! maman, vous n’étiez pas sage !

— Non vraiment; et de mes appas Seule à quinze ans j’appris l’usage, Car la nuit je ne dormais pas.

Combien je regrette,

Mou bras si dodu,

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu !

Maman, vous aviez le cœur tendre?

— Oui, si tendre, qu’à dix-sept ans Lindor ne se fit pas attendre,

Et uu'il n’attendit pas longtemps.

Combien je regrette Mon bras si dodu,

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu !

Maman, Lindor savait donc plaire?

— Oui, seul il me plut quatre mois.

Mais bientôt j'estimai Valere,

Et fis deux heureux à la lois.

Combien je regrette Mon bras si dodu,

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu!

Quoi ! maman, deux amants ensemble!

— Oui; mais chacun d’eux me trompa.

Plus fine alors qu’il ne vous senibl , J’épousai votre grand-papa.

Combien je regrette Mon bras si dodu,

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu!

Maman, que lui dit la famille?

— Rien; mais un mari plus sense Eût pu connaître à la coquille Que l’œuf était déjà cassé.

Combien je regrette Mon bras si dodu,

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu!

Maman, lui fûtes-vous Adèle?

Ob ! sur cela je me tais bien.

A moins qu’à lui Dieu ne m appelle, Mon confesseur n en saura rien.

Combien je regrette Mon bras si dodu.

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu !

Bien tard, maman, vous fûtes veuve?

— Oui; mais, grâces à ma gaîté,

Si l'église n’était plus neuve,

Le saint n’en fut pas moins fêté.

Combien je regrette Mon bras si dodu,

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu!

Comme vous, maman, faut-il Lire?

Ehl mes petits-enfants, pourquoi, Quand j’ai fait comme ma grand mère.

Ne feriez-vous pas comme moi?

Combien je regrette Mon bras si dodu.

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu !

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