ROGER BONTEMPS
Janxier 1814
Air Ronde du camp de Grandpré
Aux gens atrabilaires Pour exemple donné,
En un temps de misères Roger Bontemps est né.
Vivre obscur à sa guise, Narguer les mécontents :
Eh gai! c’est la devise Du gros Roger Bontemps.
Du chapeau de son père Coiffé dans ies grands jours,
De roses ou de lierre Le rajeunir toujours;
Mettre un manteau de hure, Vieil ami de vingt ans :
Eh gai! c’est la parure Du gros Roger Bontemps.
Posséder dans sa hutte Une table, un vieux lit,
Des cartes, une flûte,
Un broc que Dieu remplit, Un portrait de maîtresse, Un coffre et rien dedans :
Eh gai ! c'est la richesse Du gros Roger Bontemps.
Aux enfants de la ville Montrer de petits ieux; Etre un faiseur habile De contes graveleux;
Ne parler que de danse Et d’almanachs chantants :
Eh gai ! c’est la science Du gros Roger Bontemps.
Faute de vin d’élite,
Sabler ceux du canton; Préférer Marguerite Aux dames du grand ton; De joie et de tendresse Remplir tous ses instants :
Eh gai! c’est la sagesse Du gros Roger Bontemps.
Dire au ciel : Je me fie, Mon père, à ta bonté;
De ma philosophie Pardonne la gaité;
Que ma saison dernière Soit encore un printemps •.
Eh gai! c’est la prière Du gros Roger Bontemps.
Vous, pauvres pleins d’envie, Vous riches désireux,
Vous dont le char dévie Après un cours heureux; Vous, qui perdrez peut-^tre Des titres éclatants,
Eh gai ! prenez pour maitre Le gros Roger Bontemps.