‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 13 sur 340 · LEDUCATION DES DE.MOISELLES · texte numérisé non relu

LEDUCATION DES DE.MOISELLES

Am : TriJ la la ia , l'Auiuur est là.

Le bel iustituteiir de lilles Que ce monsieur de Fcnelon !

Il parle de messe et d'aiguilles :

Maman , c'est uu sot tout du long.

Concerts, bals et pièces nouvelles Nous instruisent mieux que cela.

Tra la la la, les demoiselles, Tra la la la , se forment là.

Qu'à broder une autre s'appUque ; Maman, je veux au piano.

Avec mou maître de musique, D'Aruiide cliauter le duo.

Je crois sentir les étincelles De l'amour dont Renaud brûla.

Tra la la la, les demoiselles, Tra la la la, se forment là.

Qu'une autre écrive la dépense ; Maman , pendant une heure ou deux , Je veux que mon maitre de danse M'enseigne un pas voluptueux.

Ma robe rend mes pieds rebelles :

Uu peu plus haut relevons-la.

Tra la la la, les demoiselles, Tra la la la, se forment là.

Que sur ma sonir une autre veille ;

Maman, je veux mettre au Salon,

Déjà je dessine à merveille

Les contours de cet Apollon.

Grand Dieu ! que ses formes sont belles !

Surtout les beaux nus que voilà!

Tra la la la, les demoiselles,

Tra la la la, se forment là.

Maman, il fuit qu'on me marie, La coutume ainsi l'exigeant.

Je t'avouerai , ma chère amie , Que même le cas est urgent.

Le monde sait de mes nouvelles , Mais on y rit de tout cela.

Tra la la la, les demoiselles, Tra la la la, se forment là.

CHANSONS DE BKRAXriER

LES OLIEUX

Aui : Preinii'ie ronJf ilii Héparl pour Paint-M.ilo.

Les gueux, les gueux, Sont les gens heureux ; Ils s'aiment entre eux.

\'iv«nt les sueux !

l)os gui'ux ihiiuluns la luuangc; Que de gueux hommes de bien !

Il faut ({u'enfin l'esprit venge L'honnête homme qui n"a riou.

CHANSONS DE BERANGER

Les gueux, les gueux, Sont les gens heureux ; Ils s'aiment entre eux.

Vivent les gueux!

Oui, le bonheur est facile Au sein de la pauvreté :

J'en atteste l'Evangile ; J'en atteste ma gaieté.

Les gueux, les gueux, Sont les gens heureux ; Ils s'aiment entre eux.

Vivent les gueux I

Au Parnasse la misère Longtemps a régné, dit-on ; Quels biens possédait Homère?

Une besace, un bâton.

Les gueux, les gueux.

Sont les gens heureux ; Ils s'aiment entre eux.

Vivent les gueux !

Vous qu'afflige la détresse, Croyez que plus d'un héros.

Dans le soulier qui le blesse, Peut regretter ses sabots.

Les gueux, les gueux, Sont les gens heureux ; Ils s'aiment entre eux.

^'ivl•ut 1( s g\ieux !

l)u fisli' (jui vous ctunue L'exil |iiinil plus d'un graïul ;

Diogène, dans sa tonne.

Brave en paix un conquérant.

Les gueux, les gueux.

Sont les gens heureux ; Ils s'aiment entre eux.

Vivent les gueux !

D'un palais l'éclat vous frappe , Mais l'ennui vient y gémir.

On peut bien manger sans nappe ; Sur la paille on peut dormir.

Les gueux, les gueux , Sont les gens heureux ; Ils s'aiment entre eux.

Vivent les gueux !

Quel Dieu se plaît et s'agite Sur ce grabat qu'il fleurit?

C'est l'Amour qui rend visite A la Pauvreté qui rit.

Les gueux, les gueux, Sont les gens heureux ; Ils s'aiment entre eux.

Vivent les gueux !

L'Amitié, que l'on regrette, N'a pomt quitté nos climats; Elle trinque à la guinguette, Assise entre deux soldats.

Les gueux, les gueux.

Sont les gens heureux ; Ils s'aiment entre eux.

Vivent les gueux 1

CHANSONS DE BERANGER

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