LA LIBERTÉ
AïK : Cliaiiloiiâ Lx-Laiiiinî.
D'un petit bout de chaîne Depuis que j'ai tàté, Mon cœur en bells haine A pris la liberté.
Fi de la liberté!
A bas la liberté!
Marchangy, ce vrai sage, M'a fait, par charité, Sentir de l'esclavage La légitimité.
Fi de la liberté !
A bas la liberté!
Plus de vaincs louanges
Pour cette déité,
Qui laisse en de vieux lange»
Le monde emmaillutté!
Fi de la liberté!
A bus la liberté!
De sou arbre civiciue Que nous est-il resté?
Un bâton despotique,
Sceptre sans majesté.
Fi de la liberté!
A bas la liberté!
Interrogeons le Tibre :
Lui seul a bien goûté Sueur de peuple libre, Crasse de papauté.
Fi de la liberté!
A bas la liberté!
Du bon sens qui nous gagne Quand l'homme est infecte, Il n'est plus dans son bague Qu'un forçat révolté.
Fi de la liberté!
A bas la liberté !
Bons porte-clefs que j'aime, Geôliers pleins de gaieté, Par vous au Louvre même Que ce vœu soit porté :
Fi de la liberté!
A bas la liberté!
CHANSONS DE BËRANGER
L'OMBRE D'ANACRÉUN
SA[Nri;-ptL.\f.iE
Allï :\c la fciUiliclll'.
Un jeune <!rc(' sourit ii des tombeaux : Victoire 1 il dit; l'écho redit : Victoire! 0 demi-dieux! vous uos premiers flambeaux, Trompez le Slyx, revoyez votre gloire!
Soudain, sous un ciel enchanté,
Une ombre apparaît et s'écrie :
0 Doux ouTant do la Libéria, \Dis.) <i Le Plaisir veut une patrie!
« Une pairie !
« 0 peuple grec! c'est moi dont les djslins « Furent si doux chez les aïeux si braves;
CHANSONS DE BERANGER
«Quand ils chantaient l'amour dans leurs festins, « Anacréon eu chassait les esclaves.
« Jamais la tendre Volupté
' N'approcha d'une âme flétrie.
o Doux enfant de la Liberté,
« Le Plaisir veut une patrie!
<tUne patrie!
a De l'aigle encor l'aile rase les cieux, » Du rossignol les chants sont toujours tendres; «Toi, peuple grec, tes arts, tes lois, tes dieiix, « Qu'en as-tu fait? qu'as-tu fait de nos cendres?
1 Tes fêtes passent sans gaieté
« Sur une rive encor fleurie.
« Doux enfant de la Liberté,
<t Le Plaisir veut une patrie !
« Une patrie I
« Déjà vainqueur, chante et vole au danger; Cl Brise tes fers : tu le peux, si tu l'oses. «Sur nos débris, quoi! le vil étranger 8 Dort enivré du parfum de tes roses!
« Quoi! payer avec la beauté
«Un tribut à la barbarie!
a Doux enfant de la Liberté ,
a Le Plaisir veut une patrie I
• « Une patrie !
« C'est trop rougir aux yeux du voyageur
0 Qui d'Olympie évoque la mémoire.
« Frappe! et ces bords, au gré d'un ciel vengeur,
<r Reverdiront d'abondance et de gloire.
<i Des tyrans le sang détesté
« Réchauffe une terre appauvrie.
K Doux enfant de la Liberté,
tt Le Plaisir veut une patrie !
a Une patrie 1
« A tes voisins n'emprunte que du fer : o Tout peuple esclave est allié perfide. " Mars va t' armer des feux de Jupiter; « Cher à Vénus, son étoile te guide : (')
«Bacchus, dieu toujours indompté,
<t Remplira ta coupe tarie.
ce Doux enfant de la Liberté ,
«Le Plaisir veut une patrie !
« Une patrie ! » .
Il se rendort, le sage de Téos. La Grçce enfin suspend ses funérailles.
Thèbes, Corinthe, Athènes, Sparte, Argos, Ivres d'espoir, exhumez vos murailles!
Vos vierges même ont répété
Ces mots d'une voix attendrie ;
« Doux enfant de la Liberté,
«Le Plaisir veut une patrie!
«Une patrie!»
') Suivant M. Pouriueville, les Grecs ont encore eu vénération l'étoile de Vénus.
CHANSONS DE BERANGER