‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 140 sur 340 · LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ

AïK : Cliaiiloiiâ Lx-Laiiiinî.

D'un petit bout de chaîne Depuis que j'ai tàté, Mon cœur en bells haine A pris la liberté.

Fi de la liberté!

A bas la liberté!

Marchangy, ce vrai sage, M'a fait, par charité, Sentir de l'esclavage La légitimité.

Fi de la liberté !

A bas la liberté!

Plus de vaincs louanges

Pour cette déité,

Qui laisse en de vieux lange»

Le monde emmaillutté!

Fi de la liberté!

A bus la liberté!

De sou arbre civiciue Que nous est-il resté?

Un bâton despotique,

Sceptre sans majesté.

Fi de la liberté!

A bas la liberté!

Interrogeons le Tibre :

Lui seul a bien goûté Sueur de peuple libre, Crasse de papauté.

Fi de la liberté!

A bas la liberté!

Du bon sens qui nous gagne Quand l'homme est infecte, Il n'est plus dans son bague Qu'un forçat révolté.

Fi de la liberté!

A bas la liberté !

Bons porte-clefs que j'aime, Geôliers pleins de gaieté, Par vous au Louvre même Que ce vœu soit porté :

Fi de la liberté!

A bas la liberté!

CHANSONS DE BËRANGER

L'OMBRE D'ANACRÉUN

SA[Nri;-ptL.\f.iE

Allï :\c la fciUiliclll'.

Un jeune <!rc(' sourit ii des tombeaux : Victoire 1 il dit; l'écho redit : Victoire! 0 demi-dieux! vous uos premiers flambeaux, Trompez le Slyx, revoyez votre gloire!

Soudain, sous un ciel enchanté,

Une ombre apparaît et s'écrie :

0 Doux ouTant do la Libéria, \Dis.) <i Le Plaisir veut une patrie!

« Une pairie !

« 0 peuple grec! c'est moi dont les djslins « Furent si doux chez les aïeux si braves;

CHANSONS DE BERANGER

«Quand ils chantaient l'amour dans leurs festins, « Anacréon eu chassait les esclaves.

« Jamais la tendre Volupté

' N'approcha d'une âme flétrie.

o Doux enfant de la Liberté,

« Le Plaisir veut une patrie!

<tUne patrie!

a De l'aigle encor l'aile rase les cieux, » Du rossignol les chants sont toujours tendres; «Toi, peuple grec, tes arts, tes lois, tes dieiix, « Qu'en as-tu fait? qu'as-tu fait de nos cendres?

1 Tes fêtes passent sans gaieté

« Sur une rive encor fleurie.

« Doux enfant de la Liberté,

<t Le Plaisir veut une patrie !

« Une patrie I

« Déjà vainqueur, chante et vole au danger; Cl Brise tes fers : tu le peux, si tu l'oses. «Sur nos débris, quoi! le vil étranger 8 Dort enivré du parfum de tes roses!

« Quoi! payer avec la beauté

«Un tribut à la barbarie!

a Doux enfant de la Liberté ,

a Le Plaisir veut une patrie I

• « Une patrie !

« C'est trop rougir aux yeux du voyageur

0 Qui d'Olympie évoque la mémoire.

« Frappe! et ces bords, au gré d'un ciel vengeur,

<r Reverdiront d'abondance et de gloire.

<i Des tyrans le sang détesté

« Réchauffe une terre appauvrie.

K Doux enfant de la Liberté,

tt Le Plaisir veut une patrie !

a Une patrie 1

« A tes voisins n'emprunte que du fer : o Tout peuple esclave est allié perfide. " Mars va t' armer des feux de Jupiter; « Cher à Vénus, son étoile te guide : (')

«Bacchus, dieu toujours indompté,

<t Remplira ta coupe tarie.

ce Doux enfant de la Liberté ,

«Le Plaisir veut une patrie !

« Une patrie ! » .

Il se rendort, le sage de Téos. La Grçce enfin suspend ses funérailles.

Thèbes, Corinthe, Athènes, Sparte, Argos, Ivres d'espoir, exhumez vos murailles!

Vos vierges même ont répété

Ces mots d'une voix attendrie ;

« Doux enfant de la Liberté,

«Le Plaisir veut une patrie!

«Une patrie!»

') Suivant M. Pouriueville, les Grecs ont encore eu vénération l'étoile de Vénus.

CHANSONS DE BERANGER

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