‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 146 sur 340 · LE TAILLEUR ET LA FEE · texte numérisé non relu

LE TAILLEUR ET LA FEE

CHANSON CIIANTKE A MES AMIS I,K 10 AOUT. lOTR ANNIVEnSMIlE Tir M\ NMS-;\NrF

Air d'Aiigéline (de Wiliiem ).

Dans en Paris plein d'or rt de misère, A mon berceau, qui n'était pas de fleurs :

En l'an du Clirist mil sept rcnt quatre-vingt, Mais mon grand-pi'rc, accourant à mes pleurs.

Chez un tailleur, mon pauvre et vieux Efrand-pcre, Me trouve un jour diins les bras d'une fée ;

Moi nouveau-né, sachez ce qui m'adviul. Et cette fée, avec de gais refrains, \

Rien ne prédit la gloire d'un Orphée Calmait le cri de mes premiers chagrins. ' IV. :W

Le bon vieillard lui dit , l'àme inquiète : « A cet enfant quel destin est promis? s Elle répond : « Yois-le, sons ma baguette, a Garçon d'auberge , imprimeur et commis. » Un coup de foudre ajoute à mes présages : (') ï Ton fils atteint va périr consumé ; .1 Dieu le regarde, et l'oiseau ranimé « Vole en chantant braver d'autres orages. » Et puis la fée, avec de gais refrains. Calmait le cri de mes premiers chagrins.

Le vieux tailleur s'écrie : a Eh quoi ! ma fille a Ne m'a donné qu'un faiseur de chansons ! « Mieux jour et nuit vaudrait tenir l'aigui'le ï Que, faible écho, mourir en de vains sons, r " Va, dit la fée, à tort tu t'en alarmes ; <t De grands talents ont de moins beaux succès, " Ses chants légers seront chers aux Français , « Et du proscrit adouciront les larmes. » Et puis la fée, avec de gais refrains. Calmait le cri de mes premiers chagrins.

« Tous les plaisirs, sylphes de la jeunesse, « Éveilleront sa lyre au sein des nuits. <r Au toit du pauvre il répand l'allégresse ; a A l'opulence il sauve des ennuis.

<r Mais quel spectacle attriste son langage? a Tout s'engloutit, et gloire et liberté : a Comme un pécheur qui rentre épouvanté, 1 II vient au port raconter leur naufrage. » Et puis la fée , avec de gais refrains. Calmait le cri de mes premiers chagrins.

Amis, hier j'étais faible et morose.

L'aimable fée apparaît à mes yeux.

Ses doigts distraits effeuillent une rose ;

Elle me dit : i Tu te vois déjà vieux.

<r Tel qu'aux déserts parfois brille un mirage, {^]

<i Aux cœurs vieillis s'offre un doux souvenir.

« Pour te fêter tes amis vont s'unir :

" Longtemps près d'eux revis dans un autre âge. •>

Et puis la fée, avec de gais refrains,

Comme autrefois dissipa mes chagrins.

(') L'auteur fut frappé de la foudre dans sa jeunesse.

(') Les etïets fantastiques du mirage trompent les yeux du voy.tgeur jusque dans les sables du désert; il croit voir devant lui des forêts, des lacs, des ruisseaux , etc.

CHANSONS DE BERANGER

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