‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 148 sur 340 · L'AMITIÉ · texte numérisé non relu

L'AMITIÉ

COUPLET? CHANTÉS A MES AMIS I.E 8 DÉCEMBRE 1822, JOUR A NXI VERS AIR E DE MA CONDAMNATION PAR LA COCR d'aSSISES

Arn : Quand îles ans la lleiir printanière.

Sur des roses l'Amour sommeille; Mais, quand s'obscurcit l'horizon, Célébrons l'Amitié qui veille A la porte d'une prison.

Tyran aussi, l'Amour nous coûte Des pleurs qu'elle sait arrêter.

Au poids de nos fers il ajoute, Elle nous aide à les porter.

Sur des roses l'Amour sommeille ; Mais, quand s'obscurcit l'horizon.

Célébrons l'Amitié qui veille A la porte d'une prison.

Dans l'une de nos cent bastilles Lorsque ma Muse emménagea , A peine on refermait les grilles Que l'Amitié frappait déjà.

Sur des roses l'Amour sommeille; Mais, quand s'obscurcit l'horizon.

Célébrons l'Amitié qui veille A la porte d'une prison.

Heureux (jui, libre de ses chaînes, BravanI la haine et la pitié,

Joint au souvenir de ses peines Celui des soins de l'Amitié I

Sur des roses l'Amour sommeille ; Mais, quand s'obscurcit l'horizon, Célébrons l'Amitié qui veille A la porte d'une prison.

Que fait la gloire à qui succombe ?

Amis, renonçons à briller; Donnons les marbres d'une tombe Pour les plumes d'un oreiller.

Sur des roses l'Amour sommeille ; Mais, quand s'obscurcit l'horizon, Célébrons l'Amitié qui veille A la porte d'une prison.

Sans bruit, ensemble, à vous que j'aime! Tromppns les hivers meurtriers.

On peut braver le Temps lui-même Quand on a bravé les geôliers.

Sur des roses l'Amour sommeille; Mais, quand s'obscurcit l'horizon, Célébrons l'Amitié qui veille A la porte d'une prison.

CHANSONS DE BERANOER

LE CENSP^rE

Ain rie In nnhp pt îles Bullos.

On me disait : Il est temps d'être sage ; Au Pinde aussi l'on change de drapeaux, Tentez la gloire, et, dans un grand ouvrago, Pour le théâtre ahdiquez les pipeaux.

De mes refrains j'ai repoussé le livre; Mais quand j'invoque et Thalie et sa sœur. Leur voix me crie : Ah I que Dieu nous délivre. Nous délivre au moins du censeur!

Avec Thalie, en satires féconde, Peignons nos grands, leurs valets, leurs rimeurs, Les vils ressorts qui font mouvoir le monde, Et la cour même envenimant nos mœurs.

Délateur, trerahle! en scènp il faut me suivre. Jeffrys (') en vain t'a pris pour assesseur. Quoi! tu souris!... ahl que Dieu nous délivre, Nous délivre au moins du censeur!

La Liherté, nourrice du génie.

Voit les Beaux-Arts pleurant sur son cercueil Qui va d'un joug subir l'ignominie A de son vers d'avance éteint l'orgueil. Réponds, Corneille, oserais-tu revivre?

Et toi, Molière, admirable penseur?

Non, dites-vous; ou que Dieu vous délivre, Vous délivre au moins du censeur!

De Louis onze évoquons les victimes ; Que, dévoré d'un sanguinaire ennui.

Ce roi bigot, pour se soûler de crimes, Mette sa Vierge entre le diable et lui. (-) Mais, tout sanglants, nos Tristans (') vont poursuivie Ce vœu formé contre un lâche oppresseur. Morts, taisez-vous! ou que Dieu nous délivre, Nous délivre au moins du censeur!

Tu veux encor ravir le feu céleste, .Teune homme épris des lauriers les plus lieaux. Quand la Censure , à son rocher funeste De ton génie a promis les lambeaux !

D'affreux vautours, que leur pâture enivre, A'ont mutiler le noble ravisseur.

Fils de Japet, ah ! que Dieu te délivre, Te délivre au moins du censeur!

Je laisse donc Thalie et Melpomène Pour la chanson, libre en dépit des rois. Sans le régir, j'agrandis son domaine; D'autres un jour lui traceront des lois. Qu'en république on puisse y toujours vivre : C'est un état qui n'est pas sans douceur. Pauvres Français, ah ! que Dieu vous délivre. Vous délivre au moins du censeur!

(') Juge anglais devenu fameux pendant In restauration des Stuarts, et dont le nom est un peu estropié ici par niîcessili! pour la mesure.

(') Louis XI, au dire de quelques liisloriens, demandait pardon de ses crimes ù la bonne Vierge do plomb qu"il portait .^ son eliapenu.

(') Tristan est le nom du grand prévit di: Louis XI; il était gentilliomme, et réunissait au\ fonctions de juge celles d>\érutenr des liautcs-œuvres.

CHANSON?: DK RERANr,ER

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