‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 153 sur 340 · LE MALADE · texte numérisé non relu

LE MALADE

Am : Musc ijes bois et des accoriU champélres.

Un mal cuisant déchire ma poitrine,

Ma faible voix s'éteint dans les douleurs ;

Et tout renaît, et déjà l'aubépine

A vu l'abeille accourir à ses fleurs.

Dieu d'un sourire a béni la nature ;

Dans leur splendeur les cieux vont éclater.

Reviens, ma voix, faible, mais douce et pure :

Il est encor de beaux jours à chanter.

Mon Esculape (') a renversé mon verre : Plus de gaieté ! mon front se rembrunit ; Mais vient l'Amour et le mois qu'il préfère : Déjà l'oiseau butine pour son nid.

Des voluptés le torrent va s'épandre Sur l'univers , qui semblait végéter.

Reviens, ma voix, faible, mais toujours tendre Il est encor des plaisirs à chanter.

Pour mon pays que de chansons encore ! D'un lâche oubli vengeons les trois couleurs ; De nouveaux noms la France se décore ; A l'aigle éteint nous redevons des pleurs.

Que de périls la tribune orageuse Offre aux vertus qui l'osent afi'ronter ! Reviens, ma voix, faible, mais courageuse : Il est encor des gloires à chanter.

Puis j'entrevois la liberté bannie ; Elle revient : despotes , à genoux !

Pour l'étouffer, en vain la tyrannie Fait signe au Nord de déborder sur nous. L'ours effrayé regagne sa tanière , Loin du soleil qu'il voulait disputer.

Reviens, ma voix, faible, mais libre et fière : Il est encore un triomphe à chanter.

Que dis-je? hélas! oui, la terre s'éveille. Belle et parée, au souffle du printemps. Mais dans nos cœurs le courage sommeille; Chargé de fers, chacun se dit : J'attends! La Grèce expire, et l'Europe est tremblante; Seuls, nos pleurs seuls osent se révolter. Reviens, ma voix, faible, mais consolante : Il est encor des martyrs à chanter.

(') Le célèbre docteur Dubois, à qui l'auteur de ces cbaiisous ne peut témoigner trop de reconnaissance, et en qui Ips qualités du cœur égalent la science et l'étonnante bablleté.

CHANPON?! DF BKRANGER

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