L'IN-OOTAYO ET L'IN-TRENTE-DEUX
Am 'lu Carnaval.
Quoi, mes couplets, encore une sottise!
Osez-vous liien paraître in-octavo?
Juge, critique, et docteur de l'Église, Vont après vous s'acharner de nouveau.
L'in-trente-deux trompait l'œil du myope; Mais vos défauts vont être tous sentis ; C'est le ciron vu dans un microscope.
Mieux vous allait de rester tout petits, Petits, petits, oui, petits, tout petits.
« Quel trait d'orgueil 1 dira la Calomnie ; o; Ferait-on plus pour des alexandrins? « Le chansonnier vise à l'Académie, « Et veut au Pinde anoblir ses refrains. » Viser si haut, malgré cette imposture, N'est point mon fait, je vous en avertis. Pour conserver vos lettres de roture , Mieux vous allait de rester tout petits. Petits, petits, oui, petits, tout petits.
Je vois deux sots rendus à leur province : « Messieurs, dit l'un, sifflons le troubadour; « 11 veut des cruix, et, p(]ur l'olfrir au prince, « A son recueil a mis l'habit de cour. « Le roi, dit l'autre, a daigné lui sourire.
<t Même a trouvé ses vers assez gentils. » Voyez du roi ce que vous ferez dire ! Mieux vous allait de rester tout petits, Petits, petits, oui, petits, tout petits.
L'humble format sut plaire à cette classe Sur qui les arts sèment trop peu de fleurs ; Il se fourrait jusque dans la besace De l'indigent dont il séchait les pleurs. A la guinguette instruisant ces recrues, D'obscurs lauriers j'ai fait large abatis. Pour rencontrer la Gloire au coin des rues, Mieux vous allait de rester tout petits, Petits, petits, oui, petits, tout petits.
Je dois trembler; car moi, qui suis prophète , Je vois de loin l'oubli fondre sur vous. De tant d'échos dont la voix voiis répète, L'un meurt, puis l'autre, et puis cent, et puis tous. Déjà mon front sent glisser sa couronne; Comme les miens vos beaux jours sont partis. Pour disparaître au premier vent d'autonme, Mieux vous allait de rester tout petits, Petits, petits, oui, petits, tout petits.
(') Cette clianson a éé fuite roiir servir de préface i l'édition iii-S" de 1S2!<.
CHANSONS DE BÉRANGER
COUPLETS
SUR UN PRÉTENDU POnTRAIT DE MOI, MIS EN TÈTE D'UNE ÉDITION DE MES CHANSONS
Air ; Je luge au qiialrième élagc.
Petit portrait de fantaisie
INIis en tête de mon recueil,
Penses-tu que par courtoisie
Le monde entier te fasse accueil? {Bis.)
Tu peux te parer, si tu l'oses.
D'un laurier modeste et discret ;
Tu peux te couronner de roses : )
^ ( Bis.
Non, non, tu n'es pas mon portrait. )
Jamais je ne me suis fait peindre :
Mais qui donc représentes-tu?
Peut-être un cafard qui sait feindre Jusqu'au charme de la vertu ; Un petit saint pétri de ruse Qu'à Montrouge on encenserait.
La bonne enseigne pour ma Muse I Non, non, tu n'es pas mon portrait.
Ou serais- tu l'auteur tragique Qui calcula, rima, lima Maint rôle bien académique Qu'en vain a réchauffé Talma?
Quoi ! parer d'une noble image Mes petits vers de cabaret !
Pour l'alexandrin quel outrage !
Non, non, tu n'es pas mon portrait.
Dans ton masque à mine pincée Est-ce un vil censeur que je vois, Rat de cave de la pensée Qu'il confisque au profit des rois?
J'ai de la fraude en pacotille Qu'à la barrière on saisirait :
Tu me tiendras lieu d'estampille.
Non, non, tu n'es pas mon portrait.
Mais ta laideur serait la mienne, Que ta gloire y gagnerait peu.
Crains même qu'un prêtre ne vienne Saintement te livrer au feu.
Dans l'avenir je devrais vivre.
Que de toi l'on se passerait :
Je suis bien mieux peint dans ce livre. Non, non, tu n'es pas mon portrait.
CHANSONS DE BERANGER
PSAÎIA
ou CHANT DE VICTOIRE DES OTTOMANS
Am ; A soixanlc ans il ne faiil pas rcmcllre.
Nous triomphons ! Allah ! gloire au proplièle I Sur ce rocher plantons nos étendards.
Ses défenseurs, illustrant leur défaite, En vain sur eux font crouler ses reinparts.
Nous triomphons, et le salire torrililc Va de la croix punir les attentats.
Exteruiinons une race invincible; Les rois chrétiens ne la vengeront pas.
(') Le d&;is(rc de Psar:i ou Ipsava est trop coniui pour qu'il soit nécessaire d'eu rapporter les détails, non plus que de la belle défense et de la fin héroïque de ses habitants.
CHANSOiN'S DE BERANGER
N'as-tu, Chios, pu sauver un seul être
Qui vint iei racouler tous tes maux?
Psara treuiblantc eût lléclii sous son luaitre.
Où sont tes fils, tes palais, tes hameaux?
Lorsque la peste en ton lie rebelle
Sur tant de morts menaçait nos soldats,
Tes fils mourants disaient : N'implorons qu'elle;
Les rois chrétiens ne nous vengeront pas.
Mais de Chios recommencent les fêtes ;
Psara succombe, et voilà ses soutiens I
Dans le sérail comptez combien de tètes
Vont saluer les envoyés chrétiens.
Pillons ces mursl de l'orl du vin! des femmes!
Vierges, l'outrage ajoute à vos appas.
Le glaive après purifiera vos âmes ;
Les rois chrétiens ne vous vengeront pas.
L'Europe esclave a dit dans sa pensée : Qu'un peuple libre apparaisse! et soudain... Paix ! ont crié d'une voix courroucée Les chefs que Dieu lui donne en son dédain.
Byron olfrait un dangereux exemple ;
Ou les a vus sourire à son trépas.
Du Christ lui-même allons souiller le temple ;
Les rois chrétiens ne le vengeront pas.
A notre rage ainsi rien ne s'oppose :
Psara n'est plus, Dieu vient de l'efi'acer. Sur ses débris le vainqueur qui repose Rêve le sang qu'il lui reste à verser. Qu'un jour Stamboul (') contemple avec ivresse Les derniers Grecs suspendus à nos mâts ! Dans son tombeau faisons rentrer la Grèce; Les rois chrétiens ne la vengeront pas.
Ainsi chantait cette horde sauvage.
Les Grecs! s'écrie un barbare effrayé.
La Hotte hellène a surpris le rivage , Et de Psara tout le sang est payé.
Soyez unis, ô Grecs! ou plus d'un traître Dans le triomphe égarera vos pas.
Les nations vous pleureraient peut-être ; Les rois chrétiens ne vous vengeraient pas.
(') Stamboul est lu nom rjuc les TuiCs doiinuiit à Cyli^lautiiioi'lc.
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