BONSOIR
COUPLETS A Jl. LAISNEY, IMPRIMEUR A PÉRONNE (')
AïK de la Republique.
Mou cher Laisney, triuquous, trinquons encore A nos beaux jours promptement écoulés.
Comme ils sont loin, les feux de notre aurore! Que de plaisirs avec eux envolés !
Mais de regrets faut-il qu'on se repaisse? Non ; la gaieté nourrit eucor l'espoir. Mon vieil ami, quand pour nous le jour baisse, Souhaitons-nous un gai bousoir.
Dans l'art des vers c'est toi qui fus mon maître : Je t'effaçai sans te rendre jaloux.
Si les seuls fruits que pour nous Dieu fit naître Sont des chansons, ces fruits sont assez doux. Dans nos refrains que le passé renaisse ; L'Illusion nous rendra son miroir.
Mon vieil ami, quand pour nous le jour baisse. Souhaitons-nous un gai bonsoir.
Cinquante hivers ont passé sur ta tète ; J'ai de bien près cheminé sur tes pas. Mais ces hivers ont eu leurs jours de fête; Tout ne fut point aquilons et frimas.
Aurions-nous mieux employé la jeunesse, Vécu moins vite avec un riche avoir?
Mou vieil ami, quand pour nous le jour baisse. Souhaitons-nous un gai bonsoir.
Reposons-nous; car les Amours, sans doute. Pour qui jadis nous avons tant marché, Nous crieraient tous, s'ils nous trouvaient en route : Allez dormir, le soleil est couché.
Mais l'Amitié, l'ombre fùt-elle épaisse, Vient allumer nos lampes pour y voir.
Mou vieil ami, quand pour nous le jour baisse, Souhaitons-nous un gai bousoir.
Cl C'est daus son impnmcriu que je fus mis eu apprentissage. N'ayant pu parvenir à m'enseiguer l'orthographe, il me lit prendre goût à la poé&ic , me donna des leçons de versification , et corrigea mes premiers essais.
CHANSONS DE BERANGEK
OllAISUN FUNÈBRE DE TURLUPIN
Am : C'est ;! boire, à boire, ù boire, elc,
Il meurt, cl lu joie expire!
Il meurt, lui qui si souvent Nous a fait mourir do rire A son théâtre en plein veut !
Il nous charmait à toute heure,
Ahl Soit en Gilles, soit en Scapin.
Que l'on pleure, pleure, pleure Au convoi de Turlupiu.
Sans daigner le reconnaître , Notre siècle si profond A vu Socrate renaître Sous l'habit de ce bouffon.
CHANSONS DE BERANGER
Pour que son nom lui survive, Ah!
Prends, Clio, prends ton calepin.
Qu'on écrive, écrive, écrive L'histoire de Turlupin.
Culot d'une sainte abbesse Et d'un prélat respecté, Turlupin de sa noblesse Ne tirait point vanité.
Il ne pouvait voir sans rire.
Ah!
Ses aïeux cités dans Turpin.
Qu'on admire, admire, admire Le bon sens de Turlupin.
D'abord il prit la Bastille, Fut soldat, et puis blessé, Vint jouer à la Courtille, Par la misère engraissé.
La gaieté fut sa recette,
Ahl Sa poudre de prelinpinpin.
Qu'on achète, achète, achète Le secret de Turlupin.
Doux censeur des grandeurs fausses.
Aux pauvres, ses bons amis.
En rafistolant ses chausses.
Il disait, pauvre et mal mis :
Au vrai bonheur puisqu'il mène.
Ah!
Le sabot vaut bien l'escarpin. Que l'on prenne, prenne, prenne Des leçons de Turlupin.
— Du roi viens voir la personne.
— Non, répondait-il, non pas.
Otera-t-il sa couronne
Quand je mettrai chapeau bas?
Ma foi, s'il faut crier Vive 1
Ah!
Vive l'ami qui cuit mon pain I Que l'on suive, suive, suive L'exemple de Turlupin.
— Chante au peuple des dimanches Les vainqueurs pour dix écus.
— Moi , déshonorer mes planches I Non, dit-il, gloire aux vaincus!
— En prison suis-nous donc vite.
— Ah !
Je vous suis, monsieur de Crispin.
Qu'on imite , imite , imite Ce beau trait de Turlupin.
Veux- tu qu'Ignace t'assiste ?
— Non , fi de ces noirs manteaux !
Entre eux et nous il existe Rivalité de tréteaux.
Ton dieu, Marie Alacoque, Ah!
N'est pas plus mon dieu que Jupin.
Qu'on invoque, invoque, invoque Le dieu du bon Turlupin.
Messieurs, honorons la cendre De qui n'eut qu'un seul défaut.
Sa mère était chaude et tendre, Turlupin fut tendre et chaud.
Il eût de la ponuue d'Eve,
Ah!
Crocjué jusqu'au dernier pépin.
Qu'on élève, élève, élève Une tombe à Turlupini
CHANSONS DE DÉRANGER