PASSEZ, JEUNES FILLES
Air
Dieu! quel essaim de jeunes filles Passe et repasse sous mes yeux!
Au printemps toutes sont gentilles; Toutes ; mais quoi ! me voilà vieuv.
Cent fois redisons-leur mon âge :
Les cœurs jeunes sont insensés.
Endossons le manteau du sage.
Passez, jeunes filles, passez.
Voilà Zoé qui me regarde.
Zoé, votre mère, entre nous.
Dirait de combien je retarde Quand vient l'heure du rendez-vous.
Pour un amant elle est sévère : S'il n'aime trop, il n'aime assez.
Suivez les conseils d'une mère.
Passez, jeunes filles, passez.
Votre grand'mère, aimable Laure, Des amours m'a transmis la loi.
Elle vml l'enseigner encore, liicn ([n'elb- :iit dix ans plii^ ipie moi.
Au salon ou sur la pelouse, Laure, jamais ne m'agacez :
Grand'mamau est un peu jalouse.
Passez, jeunes filles, passez.
Rose , vous daignez me sourire.
Éprouvez-vous quelque accident?
Chez vous, la nuit, ai-je ouï dire.
On surprit un nidile imprudent.
Mais la nuit l'ait place à l'aurore; Aux maris gaiement vous chassez.
Pour vous je suis trop jeune encore Passez, jeunes filles, passez.
Passez vite, folles et belles; Un doux feu cause votre émoi.
Craignez que quelques étincelles N'arrivent de vous jusqu'à nuii.
Sous les umrs d'une poudrière Par le temps presque renversés, La main devant votre lumière, Passez, jeunes filles, passez.
CHANSONS DE BERANOER
LE UUATOllZE JUILLKT
Air : A suisaiilc ans il ne faul pas roiiiollio.
Pour un captif, souvenir plein ilc charmes! J'étais bien jeune; on criait : Yengeons-nous! A la Bastille! aux armes! vite, aux armes! Marchands, linurgeois, artisans couraient tous. [Bis.) Je vois p;Uir et mère, et l'iMinne, et fille ; Le iMiion t;riiiulr aux rapiifls lUi tambour. [Bh.)
Victoire au peuple ! il a pris la Bastille! J Un beau soleil a fêté ce grand jour, )
A fêté ce grand jour. [Bis.]
Bis.
Enfants, vieillards, rielie ou pauvre, on sVmbrasse Les femmes vont redisant mille exploit-^.
CHANSONS DE DERANGER
Héros du siège, un soldat bleu qui passe (') Est applaudi des mains et de la voix.
Le nom du roi frappe alors mon oreille; De Lafayctte on parle avec amour.
La France est libre et ma raison s'éveille. Un beau soleil a fêté ce grand jour, A fêté ce grand jour.
Le lendemain un vieillard docte et grave Guida mes pas sur d'immenses débris.
« Mon fils, dit-il, ici d'un peuple esclave « Le despotisme étouffait tous les cris. <i Mais des captifs pour y loger la foule, d II creusa tant au pied de chaque tour, « Qu'au premier choc le vieux château s'écroule. 1 Un beau soleil a' fêté ce grand jour, " A fêté ce grand jour.
" La Liberté, rebelle antique et sainte, « Mon fils, s'armant des fers de nos aïeux, c A son triomphe appelle en cette enceinte 1 L'Égalité qui redescend des cieux.
0 De ces deux sœurs la foudre gronde et brille.
1 C'est Mirabeau tonnant contre la cour.
« Sa voix nous crie : Encore une Bastille ! » Un beau soleil a fêté ce grand jour, d A fêté ce grand jour.
o Où nous semons chaque peuple moissonne. « Déjà vingt rois, au bruit de nos débats, ï Portent, tremblants, la main à leur couronne, « Et leurs sujets de nous parlent tout bas. " Des droits de l'homme, ici, l'ère féconde « S'ouvre et du globe accomplira le tour. a Sur ces débris. Dieu crée un nouveau monde, s Un beau soleil a fêté ce grand jour, <£ A fêté ce grand jour. »
De ces leçons qu'un vieillard m'a données. Le souvenir dans mon cœur sommeillait.
Mais je revois, après quarante années, Sous les verrous, le quatorze juillet, 0 Liberté! ma voix, qu'on veut proscrire. Redit ta gloire aux murs de ce séjour. A mes barreaux l'aurore vient sourire ; Un beau soleil fête encor ce grand jour. Fête encor ce grand jour.
(') Les gardes françaises iiortaicnt riial)it blru. Une grande partie de rotte milice s'écliappa dos casernes où elle était consignée, et prêta le jilus utile secours aux Parisiens pour prendre la vieille forteresse féodale.